Blessure d'abandon : peut-on vraiment s'en remettre à l'âge adulte ?

Ponton désert au crépuscule, avec un banc vide face à une barque qui s'éloigne sur un lac brumeux

Un message resté sans réponse, un ami qui annule au dernier moment, un partenaire qui a besoin d'un peu d'espace… et soudain, une angoisse disproportionnée vous envahit. Vous savez que votre réaction est excessive, pourtant vous n'arrivez pas à la calmer. Beaucoup de personnes décrivent ce vécu sous le nom de blessure d'abandon.

Derrière cette expression se cache une réalité bien documentée par la psychologie : la manière dont nous avons été entourés, rassurés ou au contraire laissés seuls dans nos premières années façonne notre façon d'aimer et de nous attacher. Une étude publiée en 2026 dans la revue PNAS rappelle d'ailleurs que les carences affectives précoces laissent des traces durables dans le développement du cerveau.

Faut-il en conclure que tout est joué d'avance ? Non. En vingt ans d'accompagnement, j'ai vu de nombreuses personnes transformer leur rapport aux autres et retrouver une sécurité intérieure qu'elles pensaient hors de portée. Le cerveau adulte garde une réelle capacité de changement, et les relations peuvent devenir un lieu de réparation.

Dans cet article, vous découvrirez comment reconnaître une blessure d'abandon, d'où elle vient, comment elle se rejoue dans le couple ou l'amitié, et quelles approches aident vraiment à s'en libérer : la thérapie systémique, l'EMDR et l'hypnose ericksonienne. Que vous viviez en France ou à l'autre bout du monde, vous trouverez ici des repères concrets pour avancer, et peut-être l'envie de vous faire accompagner.

La blessure d'abandon désigne une peur intense et durable que l'autre s'éloigne, se lasse ou disparaisse, qui se réactive à l'âge adulte au moindre signe de distance. Elle prend racine dans les premières relations d'attachement, quand le lien avec les adultes protecteurs a semblé imprévisible ou fragile.

On peut s'en remettre à l'âge adulte. Le souvenir des expériences fondatrices reste, et leur emprise diminue : les réactions deviennent moins intenses, plus courtes, et la personne apprend à distinguer le passé du présent. Comprendre ses schémas relationnels, retraiter les souvenirs avec l'EMDR, renforcer la sécurité intérieure avec l'hypnose ericksonienne et replacer son histoire dans le contexte familial avec la thérapie systémique sont les leviers les plus efficaces.

Qu'appelle-t-on la blessure d'abandon ?

Une expression courante, une réalité décrite par la théorie de l'attachement

L'expression blessure d'abandon s'est popularisée en France au début des années 2000, en particulier avec le livre de Lise Bourbeau, Les 5 blessures qui empêchent d'être soi-même. Elle parle à beaucoup de monde parce qu'elle met un mot simple sur une expérience difficile à décrire. Elle ne figure pourtant dans aucune classification médicale : vous ne trouverez de diagnostic de blessure d'abandon ni dans le DSM-5 ni dans la CIM-11.

La psychologie scientifique décrit cette réalité avec d'autres outils. Le psychiatre britannique John Bowlby a montré que le jeune enfant a un besoin vital de proximité avec une figure stable, capable de le protéger et de l'apaiser. Sa collègue Mary Ainsworth a ensuite observé la façon dont les enfants réagissent à une courte séparation d'avec leur mère, puis aux retrouvailles. En France, les pédopsychiatres Nicole et Antoine Guédeney ont largement contribué à diffuser ces travaux auprès des cliniciens. De ces recherches sont nés les styles d'attachement, présentés en détail dans l'article sur les 4 styles d'attachement.

En 1987, les psychologues Cindy Hazan et Phillip Shaver ont transposé ces observations à la vie amoureuse adulte. Ce que l'on appelle blessure d'abandon correspond pour une large part à ce que la recherche nomme attachement anxieux. S'y ajoute fréquemment une sensibilité au rejet, décrite par Geraldine Downey et Scott Feldman en 1996 : la tendance à anticiper le rejet, à le percevoir dans des signaux ambigus et à y réagir avec force.

Ce que l'on ditCe que décrit la recherche
J'ai une blessure d'abandonUn attachement anxieux, construit sur un modèle intérieur où le lien paraît fragile (Bowlby, Hazan et Shaver)
Je perçois du rejet partoutUne sensibilité au rejet : anticipation, lecture des signaux ambigus comme des refus (Downey et Feldman)
Je préfère partir avant qu'on me quitteUne stratégie de désactivation de l'attachement, proche du fonctionnement évitant (Mikulincer et Shaver)
J'attire toujours des personnes qui ne restent pasLa répétition de schémas relationnels familiers, qui rassurent par leur familiarité même quand ils font souffrir
Mes réactions me dépassentL'activation du système d'alarme lié à l'attachement, dans le corps, avant toute réflexion

Les signes qui reviennent chez l'adulte

Un signe isolé suffit rarement à parler de blessure d'abandon. Leur accumulation, leur intensité et leur répétition d'une relation à l'autre orientent davantage. Voici les manifestations que je rencontre le plus en consultation :

  • Une angoisse disproportionnée quand un message reste sans réponse ou qu'un proche devient moins disponible.
  • Un besoin fréquent de réassurance sur les sentiments de l'autre, qui retombe peu de temps après avoir été comblé.
  • Une grande difficulté à traverser les séparations, même courtes et prévues.
  • La lecture d'un silence, d'un retard ou d'une annulation comme une preuve de désintérêt.
  • Une tendance à s'adapter à l'excès pour éviter tout conflit, quitte à taire ses propres besoins.
  • À l'inverse, une méfiance qui pousse à garder ses distances ou à rompre dès que la relation devient importante.
  • Une jalousie qui envahit le quotidien et épuise les deux partenaires.
  • Un sentiment de vide ou de panique en fin de relation, sans commune mesure avec la durée de l'histoire.

Quand la douleur surgit surtout face aux petits signes de distance, l'article consacré à cette sensibilité au rejet détaille le mécanisme et ce qui l'entretient.

D'où vient-elle ? L'éclairage de la recherche

Les premières années et la sécurité affective

Le jeune enfant ne sait pas encore s'apaiser par lui-même. Il a besoin qu'un adulte réponde à sa détresse de façon suffisamment fiable et prévisible. Bowlby parlait de modèles internes opérants : à partir de ces milliers d'interactions, l'enfant construit une représentation de lui-même et des autres. Quand l'adulte revient et console, il apprend qu'il compte et que le lien résiste à l'absence. Quand les réponses sont imprévisibles, chaleureuses un jour et absentes le lendemain, il apprend à surveiller, à amplifier ses signaux pour être entendu. Ce fonctionnement constitue la base de l'attachement anxieux.

Les situations à l'origine de ce vécu sont variées. Il peut s'agir d'un abandon réel : placement, décès, départ d'un parent. Il peut aussi s'agir de séparations précoces, comme une hospitalisation dans la petite enfance, ou d'un parent physiquement présent et émotionnellement indisponible, absorbé par une dépression, un deuil, une addiction ou un épuisement. La naissance d'un cadet vécue comme une perte de place, un divorce conflictuel ou un parent qui menace de partir lors des disputes peuvent également installer cette insécurité.

Beaucoup de personnes qui se reconnaissent dans ces lignes ont eu des parents aimants. La blessure naît de l'écart entre les besoins de l'enfant et ce que les adultes pouvaient offrir à ce moment de leur vie. Comprendre cet écart permet d'avancer sans chercher de coupable.

On peut porter une blessure d'abandon sans avoir jamais vécu d'abandon réel. Il suffit parfois que, à un âge où l'on dépendait entièrement des adultes, le lien ait semblé trop fragile pour qu'on puisse s'y appuyer.

Ce que montre une étude récente sur les carences précoces (PNAS, 2026)

Publiée en février 2026 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences et relayée par la presse scientifique au début du mois d'octobre, l'étude de Marta Andujar et de ses collègues du National Institute of Mental Health s'appuie sur le Bucharest Early Intervention Project. Ce programme suit depuis plus de vingt ans des enfants qui ont passé leurs premières années dans des orphelinats roumains. Au départ, des enfants âgés de moins de deux ans et demi environ ont été répartis par tirage au sort entre un placement en famille d'accueil de qualité et le maintien en institution.

L'analyse porte sur 163 participants : 52 placés en famille d'accueil, 51 maintenus en institution et 60 jeunes qui n'ont jamais vécu en institution. Ils ont été évalués vers 12, 16 et 21 ans, pendant une tâche qui mesure l'attention et le contrôle de soi, avec un enregistrement de leur activité cérébrale par électroencéphalogramme. Chez tous, l'activité du cerveau se stabilise plus vite avec l'âge. Chez les jeunes passés par l'institution, cette stabilisation reste plus lente à chaque âge, et ce retard s'accompagne d'une performance moins efficace, un lien qui se renforce à 16 et 21 ans. Sur cette mesure précise, le placement en famille d'accueil n'a pas fait de différence.

Ce que l'étude montreCe qu'elle ne permet pas de conclure
Une privation relationnelle sévère dans la petite enfance laisse une trace mesurable sur la maturation du cerveau jusqu'au début de l'âge adulteQue toute personne qui se sent abandonnique présente ces différences cérébrales : l'étude porte sur une privation extrême, en institution
Cette trace est liée à l'attention et au contrôle de soiQu'elle mesure directement l'attachement ou la peur de l'abandon
Sur ce marqueur précis, le placement familial ne suffit pas à rattraper l'écartQue rien ne peut changer : dans la même cohorte, d'autres travaux montrent des progrès nets après le placement

Les auteurs signalent eux-mêmes plusieurs limites : un échantillon réduit, un groupe de comparaison qui n'a pas été tiré au sort, et une interprétation biologique, l'élagage des connexions entre neurones, qui reste à vérifier directement.

Pourquoi cette étude nous concerne-t-elle ? Elle confirme que le cerveau se construit dans la relation, et que l'absence de liens stables et attentifs ne s'efface pas d'elle-même. Elle invite aussi à la nuance. Dans cette même cohorte, Anna Smyke et ses collègues ont montré en 2010 que les enfants placés en famille d'accueil développaient des attachements nettement plus sécurisés, surtout lorsque le placement intervenait tôt. Certaines traces persistent, et la qualité des liens continue de transformer la personne bien après la petite enfance. C'est précisément sur ce second point que repose le travail thérapeutique.

Une histoire qui se joue aussi dans la famille, la lecture systémique

En thérapie systémique, une souffrance individuelle se lit à l'intérieur du système familial, sur plusieurs générations. La peur de l'abandon s'inscrit alors dans une histoire plus large que la relation entre un enfant et son parent. Un parent qui a lui-même perdu sa mère très jeune peut transmettre une vigilance inquiète, sans un mot. Une famille marquée par l'exil, la guerre ou des départs brutaux peut faire des séparations un danger permanent. Certaines règles implicites, comme on ne parle pas des absents ou on ne compte que sur soi, empêchent l'enfant de mettre des mots sur ce qu'il vit.

Le rôle que l'enfant occupe compte aussi. Celui qui devient le confident d'un parent malheureux apprend à rester proche pour ne pas le perdre. Celui qui se retrouve pris entre deux parents en conflit apprend que l'amour de l'un peut coûter celui de l'autre. Le psychiatre Ivan Boszormenyi-Nagy a décrit ces loyautés invisibles qui conduisent parfois, à l'âge adulte, à rejouer les mêmes ruptures ou à choisir des partenaires qui partent.

Le génogramme, cet arbre familial commenté sur trois générations, rend visibles ces répétitions : des séparations au même âge, des deuils jamais évoqués, des places restées vides. Cette lecture soulage la culpabilité. La peur cesse d'apparaître comme un défaut personnel et retrouve une histoire.

Comment elle se rejoue dans le couple et l'amitié

Peur du rejet, dépendance affective, besoin de fuir

Les psychologues Mario Mikulincer et Phillip Shaver décrivent deux grandes stratégies face à la peur de perdre le lien. La première consiste à intensifier les signaux pour garder l'autre proche : messages répétés, vérifications, reproches, besoin constant de preuves, jalousie. On renonce peu à peu à ses propres besoins pour ne pas mettre la relation en danger, un glissement qui mène à la dépendance affective. L'article sur comment sortir de la dépendance affective détaille les étapes pour s'en dégager.

La seconde stratégie va dans le sens inverse : réduire le besoin de l'autre pour ne plus risquer de souffrir. Garder ses distances, se montrer très autonome, couper la relation dès qu'elle devient sérieuse, multiplier les histoires courtes. De l'extérieur, la personne paraît indépendante. De l'intérieur, elle se protège d'une perte qu'elle juge inévitable. Beaucoup alternent entre les deux mouvements selon les relations, ou au sein d'une même histoire.

L'amitié n'échappe pas à ces mécanismes. Un dîner annulé peut être vécu comme une mise à l'écart, un groupe d'amis comme un lieu où l'on risque d'être remplacé. Certaines personnes mettent fin brutalement à une amitié pour ne pas être celles que l'on délaisse. Au travail, le silence d'un responsable ou un retour critique peuvent réveiller la même alarme.

SituationLecture déclenchée par la blessureLecture plus ajustée
Un message lu, sans réponse depuis deux heuresJe l'ennuie, je compte moinsCette personne est occupée et répondra plus tard
Un ami annule le dîner prévuOn m'écarteUn contretemps qui concerne son agenda
Votre partenaire souhaite une soirée de son côtéJe ne suffis plusUn besoin d'espace qui nourrit aussi la relation
Un collègue ne vous salue pas ce matinJ'ai fait quelque chose de malUne distraction ou une préoccupation personnelle

Le terrain des relations toxiques

La blessure d'abandon rend plus vulnérable à certaines relations destructrices. Le début d'une relation manipulatrice offre exactement ce que la blessure réclame : une présence constante, une intensité rare, des promesses d'avenir. Vient ensuite l'alternance entre chaleur et froideur, entre retours et retraits. Ce renforcement intermittent recrée l'imprévisibilité du lien des premières années, et pour cette raison il paraît familier. Les chercheurs Donald Dutton et Susan Painter ont décrit ce lien traumatique, qui attache d'autant plus fort que les moments de douceur sont rares.

La peur de perdre l'autre rend ensuite le départ très difficile : l'angoisse de la séparation semble plus insupportable que la souffrance vécue dans la relation. L'article sur les étapes réelles pour sortir de l'emprise décrit comment préparer ce départ et tenir dans la durée.

Un point essentiel : porter une blessure d'abandon ne vous rend en rien responsable de ce que vous subissez. La responsabilité de la manipulation revient à la personne qui manipule. Comprendre sa blessure aide simplement à repérer plus tôt les signaux d'alerte et à se protéger.

Peut-on s'en remettre ? Ce qui aide vraiment

Les styles d'attachement sont relativement stables, et ils évoluent. Les chercheurs Glenn Roisman, Alan Sroufe et leurs collègues ont décrit en 2002 une sécurité acquise : des adultes qui racontent une enfance difficile, et dont la manière de parler de leurs liens est pourtant sécure. Ces personnes ont fait la paix avec leur histoire, à travers une relation réparatrice, un travail thérapeutique, ou les deux. Le psychiatre Boris Cyrulnik a popularisé en France la notion de résilience : la capacité à reprendre un développement après un traumatisme, à condition de rencontrer des appuis relationnels. Ce qui change avec le temps : l'intensité des réactions, la durée nécessaire pour s'apaiser, la capacité à distinguer le passé du présent, et le choix des partenaires.

Comprendre ses schémas relationnels

La première étape consiste à repérer la séquence qui se répète : un déclencheur, une sensation dans le corps, une interprétation, un comportement, puis ses conséquences. Pendant trois semaines, notez chaque montée d'angoisse : ce qui s'est passé, ce que vous avez ressenti physiquement, ce que vous vous êtes dit, ce que vous avez fait. Des régularités apparaissent rapidement. Une question aide à prendre du recul au moment où l'alarme se déclenche : quel âge ai-je, à l'intérieur, en ce moment précis ?

Ce travail éclaire aussi le choix des partenaires, quand les mêmes profils reviennent d'une histoire à l'autre. L'article sur les schémas qui se répètent avec le même type de partenaire développe ce point.

La relation thérapeutique elle-même joue un rôle. Des séances à horaires réguliers, une personne qui revient, des absences annoncées et préparées : pour quelqu'un dont la blessure porte sur la fiabilité du lien, cette régularité constitue déjà une expérience correctrice. La façon dont on aborde ensemble les vacances ou la fin de la thérapie fait partie du soin.

L'EMDR pour retraiter les souvenirs fondateurs

Développée par Francine Shapiro à la fin des années 1980, l'EMDR est recommandée par la Haute Autorité de Santé depuis 2007 et par l'Organisation mondiale de la Santé depuis 2013 pour le traitement du stress post-traumatique. Son principe : un souvenir pénible qui n'a pas pu être digéré reste stocké avec ses émotions et ses sensations d'origine. Des stimulations bilatérales, mouvements des yeux ou tapotements alternés, pendant que la personne se remémore la scène, aident le cerveau à le retraiter jusqu'à ce qu'il perde sa charge.

Pour une blessure d'abandon, le travail vise trois cibles. D'abord les souvenirs fondateurs : un départ, une hospitalisation, un soir d'attente derrière la fenêtre. Ensuite les déclencheurs actuels, comme le message sans réponse. Enfin un scénario futur, pour répéter une réaction plus apaisée. Avec les blessures d'attachement, la phase de préparation est plus longue : on installe d'abord des ressources et une stabilité suffisante avant d'aborder les souvenirs difficiles. Pour comprendre le déroulement d'une séance, consultez l'article EMDR : définition et fonctionnement.

L'hypnose ericksonienne pour retrouver une sécurité intérieure

L'hypnose ericksonienne, issue des travaux du psychiatre américain Milton Erickson, s'appuie sur les ressources de la personne plutôt que sur des injonctions. Dans le travail sur l'abandon, elle permet de construire un lieu de sécurité intérieur, accessible entre les séances quand l'angoisse monte. Elle facilite aussi un dialogue apaisé avec la part enfant de soi, depuis la position de l'adulte d'aujourd'hui, celle qui peut enfin rassurer et protéger. Les métaphores et l'autohypnose donnent des outils concrets pour calmer le système d'alarme au moment où il s'emballe. Si vous vous demandez à quoi ressemble une séance, l'article sur le déroulement d'une première séance d'hypnose ericksonienne répond aux questions les plus fréquentes.

La thérapie systémique pour replacer son histoire dans le contexte familial

La thérapie systémique travaille avec le génogramme et avec des questions dites circulaires. Dans votre famille, qui partait ? Comment se disaient les au revoir ? Qui rassurait qui ? Que se passait-il quand quelqu'un exprimait sa tristesse ? Ces questions déplacent l'attention de vos défauts supposés vers les liens qui ont façonné vos réactions.

Quand la peur de l'abandon pèse sur un couple, des séances à deux aident à sortir du cycle où l'un poursuit et l'autre se retire. Chacun comprend ce que son comportement déclenche chez l'autre, et le couple peut construire de nouvelles façons de se rassurer mutuellement.

ApprocheCe qu'elle cibleCe qu'elle apporte
EMDRLes souvenirs fondateurs et les déclencheurs actuelsUne baisse de la charge émotionnelle, des réactions moins intenses face aux signes de distance
Hypnose ericksonienneLa sécurité intérieure et les ressourcesUn lieu intérieur d'apaisement, des outils d'autorégulation entre les séances
Thérapie systémiqueL'histoire familiale et les interactions présentesLe sens de la peur, la fin de la culpabilité, de nouvelles façons d'être en lien

Julien, 34 ans, consulte parce que toutes ses relations s'arrêtent au même moment : quand l'autre évoque l'idée de vivre ensemble, il s'en va. En dessinant son génogramme, il remarque que son père a quitté la maison quand il avait quatre ans, et que sa mère répétait qu'on ne peut compter que sur soi. Le travail en EMDR porte sur une image précise : la valise dans l'entrée, le soir du départ. L'hypnose l'aide à installer un lieu intérieur où il se sent en sécurité. Un an plus tard, Julien vit en couple. L'angoisse revient parfois, il la reconnaît, en parle à sa compagne, et reste.

Situation composite, construite à partir de consultations et modifiée pour préserver l'anonymat.

Vous reconnaissez ces réactions et vous aimeriez qu'elles cessent de guider vos relations ?

Prendre un 1er rdv

Consultations en visio, partout en France et pour tous les francophones dans le monde.

Quand l'expatriation réveille la peur d'être abandonné

L'expatriation multiplie les séparations. Il y a le départ lui-même, qui éloigne des parents, des amis, des repères. Il y a ensuite les événements importants vécus à distance : une naissance, une maladie, un décès. Dans les communautés d'expatriés, les amitiés se nouent vite et se dénouent tout aussi vite, au rythme des fins de contrat et des mutations. Les décalages horaires transforment chaque message en attente de plusieurs heures.

Pour une personne qui porte une blessure d'abandon, ce contexte agit comme un amplificateur. Le conjoint qui a suivi son partenaire à l'étranger se retrouve parfois sans réseau, sans travail, avec une seule personne pour ancrage, et chaque retard de celle-ci peut devenir une source d'angoisse. Les enfants qui grandissent au gré des déménagements apprennent aussi très tôt à dire au revoir.

  • Chaque départ d'un ami de votre entourage local vous coûte une énergie considérable.
  • Un message de votre famille resté sans réponse vous inquiète pour la journée.
  • Votre partenaire représente votre unique point d'appui dans le pays.
  • Vous évitez de vous attacher aux nouvelles personnes, puisqu'elles finiront par partir.
  • Les retours au pays ravivent une tristesse que vous ne parvenez pas à expliquer.

Si ces repères vous parlent, l'article sur la psychothérapie en ligne pour les expatriés présente les difficultés propres à la vie à l'étranger et la manière dont un accompagnement peut aider.

Se faire accompagner en visio, depuis n'importe quel pays

Le travail sur la blessure d'abandon peut se mener entièrement en visio. Une méta-analyse publiée en 2021 par Ephrem Fernandez et ses collègues, qui compare les psychothérapies menées en vidéo et en présentiel, conclut à une efficacité comparable. Les protocoles d'EMDR, l'hypnose ericksonienne et la thérapie systémique s'adaptent très bien à ce format.

Pour cette problématique en particulier, la visio offre un avantage rare : la continuité. Si vous déménagez, changez de pays ou voyagez pour votre travail, la thérapie vous suit. Garder la même thérapeute à travers les changements de vie représente une vraie ressource quand la blessure porte justement sur des liens qui se brisent. Parler de son enfance dans sa langue maternelle donne aussi un accès plus direct aux émotions.

Quelques conditions pratiques suffisent : un endroit calme et confidentiel, un casque, une connexion stable. Pour en savoir plus sur le fonctionnement des séances à distance, consultez la page psychothérapie en ligne.

Questions fréquentes

La blessure d'abandon peut-elle disparaître totalement ?

Le souvenir des expériences fondatrices reste, et la souffrance qui l'accompagne peut s'apaiser durablement. Les réactions deviennent moins intenses, plus courtes, et vous apprenez à les reconnaître avant qu'elles ne prennent le dessus. Des périodes de fragilité peuvent réactiver la peur, comme une rupture, un déménagement ou un deuil, mais le retour au calme se fait beaucoup plus vite.

Combien de séances faut-il en EMDR ?

Le nombre de séances dépend du nombre et de l'ancienneté des souvenirs à traiter, de votre stabilité émotionnelle et de votre contexte de vie. Pour un événement isolé survenu à l'âge adulte, quelques séances de retraitement peuvent suffire. Pour une blessure construite dans l'enfance à travers des expériences répétées, le travail se compte plutôt en mois, avec une phase de préparation plus longue. Les premières séances servent à évaluer la situation et à construire un plan adapté.

Une thérapie en visio est-elle aussi efficace qu'au cabinet ?

Oui. Une méta-analyse publiée en 2021 dans Clinical Psychology and Psychotherapy montre une efficacité comparable entre psychothérapie en vidéo et en présentiel. L'EMDR, l'hypnose ericksonienne et la thérapie systémique s'adaptent bien à ce format, à condition de disposer d'un lieu calme, d'une connexion stable et d'un casque.

Peut-on avoir une blessure d'abandon sans abandon réel ?

Oui. La blessure d'abandon peut naître d'un parent présent physiquement et indisponible émotionnellement, d'une hospitalisation précoce, de la naissance d'un cadet, d'un divorce conflictuel ou d'un parent qui menaçait de partir. Ce qui compte, c'est la façon dont l'enfant a vécu la fiabilité du lien, à un âge où il dépendait entièrement des adultes.

La blessure d'abandon est-elle la même chose que l'attachement anxieux ?

Les deux notions se recoupent largement. La blessure d'abandon est une expression issue de la psychologie populaire, sans définition scientifique. L'attachement anxieux est un concept étudié depuis les travaux de Bowlby, Ainsworth puis Hazan et Shaver. Ce que l'on décrit comme une blessure d'abandon correspond le plus fréquemment à un attachement anxieux associé à une forte sensibilité au rejet.

Quelle différence entre blessure d'abandon et blessure de rejet ?

Dans le langage courant, la blessure d'abandon renvoie à la peur que l'autre s'en aille, et la blessure de rejet à la peur de ne pas être accepté tel que l'on est. En pratique, les deux se mêlent chez beaucoup de personnes. La recherche les rapproche sous les notions d'attachement anxieux et de sensibilité au rejet.

Comment savoir si j'ai une blessure d'abandon ?

Quelques signes orientent : une angoisse disproportionnée face au silence de l'autre, un besoin de réassurance qui ne se calme jamais longtemps, une grande difficulté à vivre les séparations, la tendance à s'oublier pour garder l'autre, ou au contraire à partir avant que l'autre ne s'éloigne. Si ces réactions se répètent d'une relation à l'autre et vous font souffrir, un professionnel peut vous aider à y voir clair.

Comment aider un partenaire qui a une blessure d'abandon ?

La prévisibilité rassure : prévenir d'un retard, annoncer une absence, revenir vers l'autre après une dispute. Vous pouvez accueillir l'angoisse sans la juger, tout en gardant vos propres besoins d'espace. Rassurer sans fin ne suffit pas à apaiser la blessure, qui demande un travail personnel. Une thérapie de couple peut aider à sortir du cycle où l'un poursuit et l'autre se retire.

Sources et références

  • Andujar, M., Liuzzi, L., Pine, D. S., Nelson, C. A., Zeanah, C. H., Fox, N. A. et Averbeck, B. B. Early psychosocial deprivation alters the refinement of neural dynamics across adolescence. Proceedings of the National Academy of Sciences, 2026, 123(6), e2514979123.
  • Smyke, A. T., Zeanah, C. H., Fox, N. A., Nelson, C. A. et Guthrie, D. Placement in foster care enhances quality of attachment among young institutionalized children. Child Development, 2010.
  • Guédeney, N. et Guédeney, A. L'attachement : approche théorique. Elsevier Masson, 3e édition.
  • Smith, J. (dir.). L'attachement en psychothérapie de l'adulte. Théorie et pratique clinique. Dunod, 2023.
  • Cyrulnik, B. Les vilains petits canards. Odile Jacob, 2001.
  • Bourbeau, L. Les 5 blessures qui empêchent d'être soi-même. Éditions E.T.C., 2000.
  • Haute Autorité de Santé. Affections psychiatriques de longue durée : troubles anxieux graves, 2007.
  • Fernandez, E. et al. Live psychotherapy by video versus in-person: a meta-analysis of efficacy and its relationship to types and targets of treatment. Clinical Psychology and Psychotherapy, 2021.

À propos de l'autrice
Laetitia Prat est une thérapeute ayant plus de 20 ans d'expérience, pratiquant la Psychothérapie systémique, l'EMDR et l'Hypnose ericksonienne. Elle accompagne anxiété, estime de soi, burn-out, deuil, relations toxiques, PMA et après-cancer. Elle exerce en consultation visio partout en France et dans le monde pour tous les francophones.


Cet article a une visée informative et ne remplace pas un accompagnement personnalisé. Si vous traversez une période difficile, parlez-en à votre médecin traitant ou à un professionnel de santé mentale. En cas de détresse immédiate ou d'idées suicidaires, le 3114 est joignable gratuitement à toute heure et tous les jours.

Suivant
Suivant

Ménopause : quand le moral flanche et qu'on ne se reconnaît plus