EMDR : qu'est-ce que c'est et comment ça fonctionne ?
L'EMDR ne fait pas disparaître les souvenirs difficiles ; elle change la façon dont le cerveau les traite et les stocke.
Vous avez peut-être entendu parler de l'EMDR dans un article, dans un podcast, ou par quelqu'un qui en a fait. Vous savez vaguement que ça concerne les traumatismes, que ça implique des mouvements des yeux, et que ça semble fonctionner. Mais vous ne comprenez pas vraiment pourquoi ni comment.
L'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing, soit Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires) est une psychothérapie structurée qui utilise des stimulations sensorielles bilatérales alternées pour permettre au cerveau de retraiter des souvenirs traumatiques bloqués.
En langage courant : c'est une thérapie qui aide le cerveau à digérer ce qu'il n'a pas pu digérer seul.
Dans cet article, je vous explique ce que c'est vraiment, comment ça fonctionne neurologiquement, pour quelles indications, et ce que ça donne en séance y compris en visio.
Une brève histoire : comment l'EMDR est né
L'EMDR a été découvert presque par accident en 1987 par la psychologue américaine Francine Shapiro. En se promenant dans un parc, elle remarque que bouger ses yeux de façon rythmique et alternée réduisait l'intensité de ses propres pensées anxieuses. Elle décide d'explorer cette observation de façon clinique et rigoureuse.
En 1989, elle publie les résultats de sa première étude contrôlée sur des vétérans du Vietnam et des victimes d'agression sexuelle. Les résultats sont significatifs : une réduction marquée des symptômes de stress post-traumatique en très peu de séances.
Depuis, l'EMDR a fait l'objet de plus de 30 essais cliniques randomisés contrôlés. En 2013, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) l'a officiellement recommandé comme traitement de première ligne du trouble de stress post-traumatique (PTSD), aux côtés des thérapies cognitivo-comportementales focalisées sur le trauma.
Aujourd'hui, l'EMDR est pratiqué dans plus de 130 pays et reconnu par les principales autorités de santé mentale mondiales.
Comment ça fonctionne : la neurobiologie accessible
Pour comprendre l'EMDR, il faut comprendre ce que le trauma fait au cerveau et pourquoi certains souvenirs restent bloqués.
Ce qui se passe dans le cerveau lors d'un événement traumatique
Normalement, quand vous vivez quelque chose d'intense, votre cerveau le traite pendant le sommeil, notamment pendant les phases REM, où les yeux bougent rapidement. Ce traitement permet d'intégrer l'expérience : elle devient un souvenir ordinaire, accessible sans souffrance excessive, relié à d'autres expériences et à des apprentissages.
Mais quand un événement est trop intense, trop rapide ou trop menaçant, ce mécanisme de traitement peut se bloquer. Le souvenir reste stocké de façon dysfonctionnelle, isolé, chargé d'émotions et de sensations corporelles intactes, comme si l'événement se rejouait en permanence dans le présent.
C'est pourquoi les personnes traumatisées ne se souviennent pas seulement d'un événement passé : elles le revivent. L'odeur, la sensation dans le corps, la terreur, tout est là, comme si le temps ne s'était pas écoulé.
Ce que l'EMDR fait au cerveau
Les stimulations bilatérales alternées utilisées en EMDR, mouvement des yeux de droite à gauche, tapotements alternés sur les genoux, sons alternés dans les oreilles, semblent activer le même mécanisme naturel de traitement que le sommeil REM.
En sollicitant alternativement les deux hémisphères cérébraux pendant que le patient est exposé mentalement au souvenir traumatique, l'EMDR crée les conditions neurologiques nécessaires pour que le cerveau retraite ce souvenir de façon adaptative.
Concrètement, plusieurs mécanismes sont à l'œuvre :
La désensibilisation : la charge émotionnelle et physique associée au souvenir diminue progressivement. Ce qui était insupportable devient tolérable, puis neutre.
Le retraitement : le souvenir se reconnecte au reste du réseau mémoriel. Il s'intègre dans une perspective plus large : c'est arrivé, c'est passé, j'ai survécu, je suis en sécurité maintenant.
L'installation de croyances adaptatives : les croyances négatives sur soi générées par le trauma ("c'est ma faute", "je suis en danger", "je ne vaux rien") sont remplacées par des croyances plus justes et plus soutenantes.
L'ancrage corporel : les sensations physiques résiduelles; tensions, nœuds dans l'estomac, oppression dans la poitrine; se dissolvent ou s'allègent significativement.
Pourquoi ça fonctionne : l'hypothèse de la charge attentionnelle
Une des explications les plus solides sur le plan neurologique est celle de la charge attentionnelle. Quand vous faites défiler vos yeux de droite à gauche en suivant un doigt, vous sollicitez une partie de votre mémoire de travail. Cela réduit mécaniquement la vivacité et l'intensité du souvenir traumatique tenu simultanément à l'esprit.
Ce mécanisme, combiné à l'état de conscience particulier induit par la séance (similaire à un état hypnoïde léger), crée une fenêtre thérapeutique dans laquelle le retraitement devient possible.
Pour qui et pour quoi : les indications de l'EMDR
L'EMDR est souvent associé au Stress Post-Traumatique et c'est son indication la mieux documentée. Mais son champ d'application est en réalité beaucoup plus large.
Le trouble de stress post-traumatique
C'est l'indication de référence, la mieux étudiée, celle pour laquelle les preuves scientifiques sont les plus solides. Accidents, agressions, catastrophes naturelles, violences conjugales, traumatismes de guerre, abus dans l'enfance l'EMDR est aujourd'hui reconnu comme l'un des traitements les plus efficaces pour ces situations.
Les études montrent qu'entre 77 et 90% des personnes souffrant d'un Stress Post-Traumatique lié à un trauma unique ne présentent plus les critères du diagnostic après 3 à 6 séances d'EMDR.
Les traumatismes complexes et les traumas d'enfance
Quand le trauma n'est pas lié à un seul événement mais à une exposition prolongée - maltraitance répétée, négligence émotionnelle, relation parentale toxique, violences chroniques - on parle de traumatisme complexe. L'EMDR peut traiter ces situations, mais le travail est plus long et demande une phase de stabilisation préalable plus importante.
L'anxiété et les phobies
Beaucoup d'anxiétés et de phobies ont une origine traumatique ou sont alimentées par des souvenirs chargés émotionnellement, même si ceux-ci ne semblent pas "graves" à première vue. Une peur des chiens après une morsure à 6 ans, une phobie sociale après des années de moqueries, une anxiété de performance liée à une humiliation ancienne - l'EMDR peut traiter l'événement source et réduire significativement la réactivité émotionnelle dans le présent.
La dépression et le burn-out
Certaines dépressions résistantes ont une origine traumatique non identifiée. De même, le burn-out s'accompagne souvent d'une accumulation de petits traumatismes professionnels (humiliations, surcharge, sentiment d'injustice répétée) qui maintiennent l'épuisement. L'EMDR peut traiter ces couches sous-jacentes et débloquer ce que les antidépresseurs seuls ne peuvent pas atteindre.
L'après-cancer
Le diagnostic de cancer est un choc traumatique. Les traitements, les hospitalisations, la confrontation à la mort, les modifications corporelles ; tout cela laisse des traces neurologiques comparables à celles d'un trauma. L'EMDR est particulièrement indiqué pour les personnes en rémission qui continuent à revivre des images ou des sensations liées à la maladie, ou qui développent une anxiété de récidive invalidante.
Les deuils compliqués et les ruptures traumatiques
Certains deuils - notamment les morts soudaines, les ruptures après des relations toxiques, les séparations vécues comme un abandon - créent des blocages qui ressemblent à du trauma. Le souvenir reste chargé, l'acceptation ne vient pas, la vie semble figée. L'EMDR peut faciliter le mouvement là où la parole seule ne suffit pas.
Les douleurs chroniques et les symptômes somatiques
Une part significative des douleurs chroniques a une composante psychologique liée à du trauma stocké dans le corps. L'EMDR travaille explicitement sur les sensations corporelles, ce qui le rend pertinent dans ces situations en complément d'un suivi médical.
Ce qui se passe concrètement en séance
Une séance d'EMDR ne ressemble pas à une séance de thérapie classique. Voici ce que vous pouvez attendre.
La phase de préparation
Avant d'aborder un souvenir traumatique, je prends le temps de vous expliquer le protocole, de comprendre votre histoire et vos ressources, et de vous apprendre des techniques de régulation émotionnelle. Cette phase est essentielle, elle vous donne les outils pour rester ancré(e) si l'intensité monte pendant le retraitement.
L'identification de la cible
Nous choisissons ensemble un souvenir, une image, une situation ; ce qu'on appelle la "cible". Nous identifions la croyance négative associée ("je suis en danger", "je suis nul(le)"), la croyance positive vers laquelle vous voulez aller ("je suis en sécurité maintenant", "je fais de mon mieux"), et les sensations dans le corps.
Le retraitement bilatéral
Vous tenez mentalement l'image, la croyance négative et la sensation corporelle à l'esprit, pendant que je guide vos yeux de droite à gauche ou que je vous accompagne à mettre en place des tapotements alternés sur vos épaules ou des sons alternés dans votre casque si vous êtes en visio. Les stimulations durent environ 30 secondes, puis je vous demande simplement : "Qu'est-ce qui vient ?"
Vous n'avez rien à faire de particulier. Ce qui vient peut être une image, une pensée, une émotion, une sensation physique, un souvenir connexe. Vous l'observez, vous me le dites, et on repart.
Le processus se déroule par séquences. Progressivement, l'intensité émotionnelle du souvenir diminue. Les croyances évoluent. Le corps se relâche.
La clôture
Chaque séance se termine par une phase de stabilisation. Vous n'en sortez pas dans un état de vulnérabilité. Nous veillons ensemble à ce que vous repartiez ancré(e) et en sécurité.
L'EMDR en ligne : est-ce possible et efficace ?
C'est souvent la première question que me posent les personnes qui envisagent un suivi EMDR à distance.
La réponse courte est oui et les données scientifiques le confirment. Une étude pilote publiée dans Telemedicine and e-Health (Baek et al., 2019) a montré que l'EMDR en téléconsultation obtenait des résultats comparables à l'EMDR en cabinet sur la réduction des symptômes de Stress Post-Traumatique. D'autres publications dans le contexte post-Covid ont renforcé ce constat.
En pratique, ce qui change en visio :
Les stimulations bilatérales s'adaptent. Sans la possibilité de guider vos yeux physiquement, j'utilise une alternance de tapotements alternés que vous effectuez vous-même sur vos genoux ou vos bras, un outil de stimulation bilatérale sonore (alternance gauche/droite dans vos écouteurs), et vous suivez aussi les mouvements de votre index en suivant mes indications.
Votre espace devient votre espace thérapeutique. Être chez vous peut être un avantage réel : vous êtes dans votre environnement sécurisant, sans trajet à faire avant ou après une séance qui peut être émotionnellement intense.
Les conditions techniques comptent. Une connexion stable, un endroit calme, des écouteurs : ces prérequis sont simples mais importants pour que la séance se déroule bien.
L'EMDR en ligne est particulièrement adapté pour les personnes qui vivent loin d'un praticien certifié, les expatriés francophones, ceux dont le trauma lui-même rend le déplacement difficile (comme certaines phobies ou une anxiété sociale intense), et ceux qui ont un emploi du temps chargé. Pour en savoir plus sur le format en ligne en général, vous pouvez lire comment fonctionne une thérapie en ligne.
Vous vous interrogez sur l'EMDR pour vous-même, pour un trauma ancien ou récent, pour une anxiété qui résiste, pour retrouver une vie moins marquée par ce que vous avez traversé ? Un premier échange de 30 minutes permet de faire le point ensemble, sans engagement, pour voir si cette approche est adaptée à votre situation.
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Combien de séances faut-il ?
C'est la question pratique que tout le monde se pose avant de commencer. La réponse honnête : ça dépend, mais l'EMDR est généralement plus court que ce qu'on imagine.
Pour un trauma unique et récent (accident, agression, choc ponctuel) : souvent 3 à 6 séances suffisent pour un retraitement complet.
Pour un trauma plus ancien ou plus complexe : le travail est plus progressif. Une phase de stabilisation préalable peut être nécessaire, suivie d'un travail de retraitement qui peut s'étendre sur plusieurs mois - 10 à 20 séances en moyenne.
Pour un traumatisme complexe (trauma répété dans l'enfance, violence chronique) : l'EMDR s'intègre dans une psychothérapie plus longue. Il ne s'agit pas de traiter un souvenir unique mais un réseau entier de mémoires. Le cadre est plus long mais l'EMDR peut débloquer ce que des années de thérapie de parole seule n'ont pas atteint.
FAQ - Questions fréquentes
L'EMDR est-il reconnu scientifiquement ?
Oui. L'EMDR est reconnu et recommandé par l'Organisation Mondiale de la Santé (depuis 2013), l'American Psychological Association, la Haute Autorité de Santé en France, et de nombreuses autres institutions de référence. Plus de 30 essais cliniques contrôlés randomisés en documentent l'efficacité, notamment pour le PTSD et les troubles anxieux.
L'EMDR peut-il fonctionner si je n'ai pas vécu de "gros" traumatisme ?
Oui. L'EMDR est souvent associé aux traumatismes majeurs (guerre, agression, accident grave), mais il est tout aussi efficace sur des événements qui n'ont pas l'air graves en apparence mais qui ont laissé une empreinte durable : une humiliation répétée, un rejet, une période de vie difficile. Ce qui compte, c'est l'impact sur votre cerveau, pas la gravité objective de l'événement.
Est-ce qu'on va "revivre" le trauma pendant la séance ?
Pas exactement. Vous êtes invité(e) à observer le souvenir de loin, comme un témoin, sans vous y replonger complètement. L'objectif est précisément de créer une distance suffisante pour que le retraitement soit possible sans être submergé(e). La phase de préparation sert à ça : vous donner les ressources pour rester ancré(e) même si l'intensité monte.
L'EMDR peut-il effacer mes souvenirs ?
Non. L'EMDR ne supprime pas les souvenirs. Il change la façon dont ils sont stockés et la charge émotionnelle qui leur est associée. Après un retraitement réussi, vous vous souviendrez toujours de ce qui s'est passé mais sans la douleur ou la terreur qui l'accompagnaient. Le souvenir devient un souvenir ordinaire, intégré dans votre histoire.
L'EMDR fonctionne-t-il pour l'anxiété sans trauma identifié ?
Souvent, une anxiété qui semble "sans raison" est alimentée par des souvenirs chargés émotionnellement que la personne ne reconnaît pas spontanément comme des traumatismes. L'EMDR permet d'identifier et de traiter ces sources sous-jacentes. Dans d'autres cas, l'EMDR peut être combiné avec d'autres approches pour un travail plus complet vous pouvez consulter ce guide complet sur la gestion de l'anxiété pour mieux comprendre les différentes options.
Puis-je faire de l'EMDR si je suis sous traitement médicamenteux ?
Oui, dans la grande majorité des cas. L'EMDR est compatible avec un traitement antidépresseur ou anxiolytique. Il est cependant important d'en parler lors du bilan initial, car certains médicaments peuvent légèrement modifier la réactivité émotionnelle en séance. Je travaille toujours en coordination avec le suivi médical existant.
Combien coûte une séance d'EMDR ?
Les tarifs varient selon le praticien et la durée de séance. Les séances d'EMDR durent généralement 1h à 1h30, car le protocole nécessite du temps. En visio, vous économisez les frais et le temps de déplacement. Les séances d’EMDR que je propose sont à 60 euros.
L'EMDR en ligne est-il aussi efficace qu'en cabinet ?
Oui, selon les études disponibles. Une étude publiée dans Telemedicine and e-Health a montré des résultats comparables entre l'EMDR en présentiel et en téléconsultation. Les stimulations bilatérales s'adaptent facilement au format visio : tapotements alternés ou stimulations sonores bilatérales via écouteurs.
📚 Sources
Shapiro, F. (1989).Efficacy of the eye movement desensitization procedure in the treatment of traumatic memories. Journal of Traumatic Stress, 2(2), 199–223. - Article fondateur de Francine Shapiro, créatrice de l'EMDR.
WHO (2013).Guidelines for the management of conditions specifically related to stress. World Health Organization. - L'OMS recommande l'EMDR comme traitement de première ligne du PTSD.
Bisson, J. et al. (2013).Psychological therapies for chronic post-traumatic stress disorder in adults. Cochrane Database. - Méta-analyse de référence sur l'efficacité de l'EMDR.
Högberg, G. et al. (2008).On treatment with eye movement desensitization and reprocessing of chronic post-traumatic stress disorder in public transportation workers. Nordic Journal of Psychiatry. - Efficacité EMDR sur trauma professionnel.
Baek, S. et al. (2019).Online EMDR therapy for PTSD : a pilot study. Telemedicine and e-Health. - Étude sur l'efficacité de l'EMDR en ligne.
Laetitia Prat est une thérapeute ayant plus de 20 ans d’expérience, pratiquant la Psychothérapie systémique, l’EMDR, et l’Hypnose ericksonienne. Elle accompagne relations toxiques, anxiété, estime de soi, burn-out, deuil, PMA et après-cancer. Elle exerce en consultation visio partout en France et dans le monde pour tous les francophones. Elle est l’auteure d’un ouvrage sur l’après-cancer à paraître en mai 2026.
Cet article est proposé à titre informatif et ne remplace pas un accompagnement thérapeutique personnalisé. Si vous traversez une période difficile, je vous invite à consulter un professionnel de santé.