L’actualité vous angoisse ? Retrouver un ancrage

anxiete-actualite-crises-monde-therapie-lp

Une alerte sur l'écran au réveil. Une vidéo qui tourne en boucle. Une carte du monde où les zones rouges s'étendent. Vous n'êtes pas sur place, vous ne pouvez rien y faire, et pourtant votre ventre se serre, votre souffle se raccourcit, et la journée commence déjà fatiguée.

L'anxiété face à l'actualité est une réaction normale du système nerveux à des menaces répétées, lointaines et incontrôlables. Le cerveau traite chaque mauvaise nouvelle comme un danger possible, sans pouvoir passer à l'action. L'alerte reste allumée, et le corps s'épuise.

Pour s'apaiser, trois leviers fonctionnent bien : choisir des moments fixes pour s'informer, revenir au corps quand l'angoisse monte, et retrouver une action à sa portée. Si l'inquiétude envahit le sommeil, le travail ou la vie de famille depuis plusieurs semaines, un accompagnement aide à retrouver un ancrage.

Si vous lisez ces lignes, vous connaissez peut-être ce mouvement du pouce. On rafraîchit le fil d'actualité. Encore une fois. Puis une autre. On cherche une nouvelle qui rassure, et on tombe sur une nouvelle qui inquiète davantage.

Beaucoup de personnes vivent la même chose. L'enquête annuelle de l'université Chapman, publiée le 20 octobre 2026, montre que la peur d'une nouvelle guerre mondiale est passée en un an de la sixième à la deuxième place des craintes des Américains. En France, plus d'une personne sur deux se dit fatiguée par le flot d'informations.

Dans cet article, je vous propose de comprendre ce qui se passe dans votre corps quand l'actualité vous noue le ventre. Puis de trouver des gestes simples pour vous apaiser, en famille comme à distance. Une partie est consacrée aux personnes qui vivent à l'étranger, pour qui cette angoisse prend une couleur particulière.

Pourquoi l'actualité angoisse autant

L'anxiété liée à l'actualité dit quelque chose de juste sur notre époque, et quelque chose de très ancien sur notre cerveau.

Ce que dit l'enquête Chapman du 20 octobre

Depuis 2014, l'université Chapman, en Californie, interroge chaque année un échantillon représentatif d'Américains sur plus de 90 peurs. Pour cette douzième édition, l'institut NORC de l'université de Chicago a sondé 1 221 adultes en ligne, du 7 au 21 avril 2026.

La corruption des responsables politiques reste en tête, citée par 61,1 % des personnes. Juste derrière, 58 % disent craindre que leur pays soit entraîné dans une nouvelle guerre mondiale. Cette peur était sixième l'an dernier. La guerre biologique et les attentats font aussi leur entrée dans les dix premières places.

Le sociologue Christopher Bader, fondateur de l'enquête, y voit un possible reflet des inquiétudes liées au conflit avec l'Iran. Pour la première fois, deux craintes liées à l'intelligence artificielle apparaissent aussi dans le classement : son effet sur la vie politique et sur l'économie.

Un résultat m'a frappée. Environ une personne sur deux a peur qu'un proche tombe gravement malade (51,8 %) ou meure (50,6 %). Christopher Bader remarque que cette peur pour ceux qu'on aime reste stable, quel que soit l'état du monde. Les crises extérieures viennent s'ajouter à elle, sans la remplacer.

Ces chiffres concernent les États-Unis. Ils décrivent pourtant un climat que beaucoup de francophones reconnaissent, en France comme ailleurs : une impression de menaces multiples, simultanées, sur lesquelles on n'a aucune prise.

Un cerveau fait pour repérer le danger

Notre cerveau a évolué pour remarquer d'abord ce qui menace. Les psychologues appellent cela le biais de négativité. Pendant des millénaires, mieux valait repérer le prédateur caché que le joli coucher de soleil.

Le problème, c'est que ce système d'alarme ne fait pas la différence entre un danger dans votre rue et une explosion à 4 000 kilomètres. Une image forte déclenche la même chimie : adrénaline, cortisol, cœur plus rapide, muscles tendus, digestion ralentie. D'où ce ventre noué.

Face à un vrai danger, cette mobilisation sert à fuir ou à combattre. Devant un écran, elle ne sert à rien. L'énergie mobilisée reste coincée dans le corps. Répétée plusieurs fois par jour, cette alerte sans issue finit par installer un état de tension de fond, décrit dans l'article sur les effets du stress chronique sur le corps.

Au Québec, l'équipe de Sonia Lupien, au Centre d'études sur le stress humain de l'université de Montréal, a étudié cet effet de près. Dans une étude publiée en 2012 dans PLOS One, lire des nouvelles négatives n'augmentait pas le stress à lui seul.

En revanche, les femmes qui les avaient lues réagissaient plus fortement à une situation stressante proposée ensuite, et s'en souvenaient mieux le lendemain.

Autrement dit, les mauvaises nouvelles préparent le terrain. Elles rendent la journée plus difficile à traverser.

Une seconde étude du même laboratoire, en 2021, a testé l'effet inverse : lire de bonnes nouvelles ne protégeait pas du stress. Une bonne nouvelle ne compense donc pas une mauvaise. Les leviers utiles sont la quantité d'informations et le moment où on les reçoit.

Fatigue informationnelle : quand l'info épuise

En France, la Fondation Jean-Jaurès, l'ObSoCo et Arte suivent ce phénomène depuis 2022. Leur deuxième enquête, publiée en décembre 2024, montre que 54 % des Français se disent fatigués par l'information. Ils décrivent un flux répétitif, anxiogène et conflictuel.

Les auteurs, Guénaëlle Gault, David Medioni et Sébastien Boulonne, identifient un profil qu'ils nomment les submergés. Ils représentent 39 % de la population, cinq points de plus qu'en 2022. Ils s'informent beaucoup, sur les réseaux sociaux notamment, cherchent l'info de manière compulsive, et 95 % d'entre eux se disent fatigués.

Beaucoup réagissent en coupant. Selon le Digital News Report 2026 du Reuters Institute, 42 % des personnes interrogées dans le monde évitent activement l'actualité, un record, contre 29 % en 2017. En France, la proportion atteint 37 %.

Cet évitement soulage un temps. Il laisse parfois un malaise : celui de ne plus savoir, et de culpabiliser de ne plus vouloir savoir.

Ce qui épuise, c'est la répétition d'alertes auxquelles le corps ne peut pas répondre. L'apaisement vient d'un rapport choisi à l'information.

Les signes que l'actualité vous déborde

S'inquiéter d'une guerre, d'une catastrophe ou d'une élection est sain. Cela montre que vous gardez un lien avec le monde et avec les autres. Le signal d'alerte apparaît quand l'inquiétude déborde sur votre vie quotidienne.

  • Le réflexe du téléphone. Vous consultez les infos dès le réveil, avant même de vous lever, et plusieurs fois par heure.
  • Le défilement sans fin. Le soir, vous faites défiler les titres jusqu'à tard, en cherchant une réponse qui ne vient pas. Les anglophones parlent de doomscrolling.
  • Un corps en alerte. Ventre noué, gorge serrée, mâchoire crispée, souffle court, palpitations.
  • Un sommeil perturbé. Difficulté à vous endormir, réveils nocturnes, cauchemars en lien avec les images vues.
  • Des pensées catastrophes. Vous imaginez les pires scénarios pour vous ou vos proches, et ils tournent en boucle.
  • De l'irritabilité. Les discussions sur l'actualité finissent en disputes, ou vous les fuyez.
  • Un sentiment d'impuissance qui teinte tout, y compris des projets qui n'ont rien à voir.
  • Une culpabilité diffuse à profiter d'un moment agréable pendant que d'autres souffrent.

Ces réactions montrent que votre système nerveux est sorti de sa zone de confort. Les thérapeutes parlent de fenêtre de tolérance : l'espace dans lequel on peut ressentir des émotions fortes sans perdre pied. L'actualité en continu pousse régulièrement au-delà de cette limite.

Si ce sont surtout vos nuits qui en pâtissent, l'article sur les pensées qui empêchent de dormir explique pourquoi le soir amplifie tout ce qu'on a mis de côté dans la journée.

7 gestes concrets pour s'apaiser

Ces gestes sont simples. Leur efficacité vient de la régularité. Choisissez-en deux ou trois pour commencer, plutôt que de tout changer d'un coup.

1. Choisir ses fenêtres d'information

Décidez de deux moments fixes dans la journée pour vous informer, par exemple à midi et en fin d'après-midi. Quinze à vingt minutes suffisent. En dehors de ces fenêtres, l'actualité attend.

Évitez le premier quart d'heure du réveil et l'heure qui précède le coucher. Le matin, le cortisol est déjà naturellement élevé. Le soir, le cerveau a besoin de ralentir.

2. Couper les alertes et choisir ses sources

Désactivez les notifications des applications d'information. Une alerte qui vibre dans votre poche vous met en état d'alerte, même pour une nouvelle mineure. L'enquête de la Fondation Jean-Jaurès en 2022 montrait que plus d'un Français sur deux avait déjà fait ce choix.

Privilégiez une ou deux sources fiables, de préférence écrites. Lire un article laisse le temps de prendre du recul. Une vidéo ou un direct envoie des images en rafale, que le cerveau émotionnel traite avant que la réflexion n'arrive.

3. Revenir au corps quand l'angoisse monte

Quand votre ventre se noue, l'urgence est de rassurer le corps. Le raisonnement viendra après. Trois gestes rapides :

  • Allonger l'expiration. Inspirez sur quatre temps, expirez sur six à huit temps, pendant deux minutes. L'expiration longue active le frein naturel du système nerveux.
  • Sentir ses appuis. Posez les deux pieds au sol, sentez le poids de votre corps sur la chaise, le contact du dossier.
  • Nommer ce qui vous entoure. Cinq choses que vous voyez, quatre que vous touchez, trois que vous entendez.

Ces techniques d'ancrage ramènent le cerveau dans l'ici et maintenant, là où vous êtes en sécurité. L'article consacré aux exercices d'ancrage contre l'anxiété en propose d'autres, à utiliser au quotidien.

4. Faire le tri entre ce qui dépend de vous et le reste

Prenez une feuille et tracez deux cercles. Dans le grand cercle, notez ce qui vous inquiète : la guerre, l'économie, le climat, l'élection. Dans le petit cercle au centre, notez ce sur quoi vous avez une prise réelle.

Le petit cercle est plus fourni qu'on ne le croit : prendre des nouvelles d'un proche, préparer un document, donner à une association, voter, aider un voisin. L'angoisse se nourrit du grand cercle. L'apaisement vient du petit.

5. Transformer l'impuissance en action, même minuscule

Le sentiment d'impuissance est l'un des moteurs les plus puissants de l'anxiété. Le corps a mobilisé de l'énergie pour agir, et rien ne se passe. Une action concrète, même modeste, permet de boucler cette boucle.

Un don, une heure de bénévolat, un message à quelqu'un qui vit près de la zone touchée. Ces gestes restent modestes à l'échelle du monde. Pour vous, ils comptent : vous sortez de la sidération et retrouvez une capacité d'agir à votre mesure.

6. Parler sans entretenir la boucle

Partager son inquiétude avec un proche soulage. Ressasser ensemble les mêmes scénarios, en revanche, entretient l'angoisse des deux côtés. Un repère simple : après une conversation sur l'actualité, l'inquiétude devrait s'alléger un peu, et non s'alourdir.

Certaines personnes se tournent vers une intelligence artificielle pour se rassurer, à toute heure. Le soulagement est réel, mais il peut devenir une quête de réassurance sans fin. J'en parle dans l'article sur le fait de confier ses angoisses à une IA.

7. Protéger le soir et la nuit

Laissez votre téléphone hors de la chambre, ou au moins hors de portée de main. Remplacez le dernier coup d'œil aux infos par un rituel qui ralentit : une douche chaude, quelques pages d'un roman, une respiration lente.

Si vous vous réveillez la nuit avec la tentation de vérifier ce qui s'est passé, résistez. À cette heure-là, le cerveau évalue les menaces sans recul. L'article sur les réveils angoissés à 3 h du matin explique ce mécanisme et comment en sortir.

Une angoisse partagée en famille : le regard systémique

En thérapie systémique, on regarde la famille comme un ensemble où les émotions circulent. L'angoisse d'un membre ne reste jamais confinée à une seule personne. Elle se transmet, se répond, s'amplifie ou s'apaise selon la manière dont chacun réagit.

Comment l'inquiétude circule dans un foyer

Prenez un dîner de famille. L'un allume la télévision à l'heure du journal. Un autre commente avec colère. Un troisième se tait et quitte la table. Les enfants observent. Personne n'a parlé de peur, et pourtant elle est partout.

Le thérapeute systémicien belge Mony Elkaïm a décrit ce qu'il appelait la résonance : la manière dont une situation actuelle fait vibrer, chez chacun, des cordes plus anciennes. Une guerre à la télévision peut réveiller chez l'un le récit d'un grand-parent exilé, chez l'autre la peur de manquer qui a marqué son enfance.

C'est pourquoi les membres d'une même famille réagissent si différemment à la même nouvelle. Comprendre ce que chacun porte aide à sortir des reproches mutuels : tu dramatises, tu t'en fiches.

Parler de l'actualité aux enfants

La psychologue Hélène Romano, autrice de Les Enfants et la guerre, observe que les enfants sont surtout marqués par la façon dont leurs parents vivent les événements, davantage que par les événements eux-mêmes. Ils perçoivent très bien l'inquiétude des adultes, même quand personne ne la formule.

  • Demandez d'abord ce qu'ils savent. Les enfants entendent parler de l'actualité à l'école ou sur les écrans. Partez de leurs mots et de leurs questions.
  • Choisissez un moment calme. La pédopsychiatre Marie-Rose Moro conseille d'en parler en dehors des images, jamais devant le journal télévisé.
  • Dites la vérité, à leur hauteur. Des phrases simples, sans détails effrayants, et en précisant ce qui les concerne ou non directement.
  • Limitez leur exposition aux images. L'Unicef recommande de surveiller ce qu'ils voient, en particulier les vidéos violentes qui circulent sur les réseaux.
  • Montrez ceux qui aident. Les secouristes, les soignants, les bénévoles. L'enfant a besoin de savoir que des adultes protègent.
  • Prenez soin de votre propre calme. Vous avez le droit d'être triste devant eux. Votre capacité à rester stable les rassure davantage que les mots.

Quand le couple ne vit pas la crise de la même façon

Dans un couple, il arrive que l'un ait besoin de suivre l'actualité en continu pour se sentir en contrôle, et que l'autre ait besoin de couper pour respirer. Chacun interprète la stratégie de l'autre comme une agression ou de l'indifférence.

Ces deux stratégies sont des tentatives de régulation. Les nommer ensemble, sans juger, permet de trouver un accord. Par exemple, un temps d'infos partagé et limité, puis une soirée sans écran, ou des moments où l'un s'informe pendant que l'autre fait autre chose.

Expatriés : suivre les crises loin des siens

Au 1er janvier 2026, 1 784 975 Français étaient inscrits au registre des Français établis hors de France, selon le décret publié au Journal officiel. En comptant les non-inscrits, les estimations vont de 2,5 à 3,5 millions. Une grande partie des personnes que j'accompagne en font partie.

Pour elles, l'anxiété face à l'actualité prend des formes particulières. J'ai moi-même vécu l'expatriation, et je retrouve ces mécanismes chez beaucoup de mes patients.

Le décalage horaire de l'angoisse

Quand vous vivez à Montréal, à Dubaï ou à Singapour, l'actualité de France arrive à contretemps. Vous vous réveillez avec une crise qui a éclaté pendant votre nuit. Ou elle tombe au moment de vous coucher, et vous passez la soirée sur votre téléphone.

Vous recevez aussi une double dose d'informations : celles de votre pays d'accueil et celles de France, parfois celles d'un troisième pays où vivent d'autres proches. Le système nerveux n'a jamais de vraie pause.

Quand le danger est près de vous, ou près des vôtres

Certaines personnes expatriées vivent dans une région directement touchée par une crise. Les alertes du consulat, les consignes de sécurité, les vols annulés rendent l'actualité très concrète. D'autres vivent en sécurité, alors que la crise frappe le pays où sont restés leurs parents.

Dans les deux cas, la distance crée une angoisse spécifique : l'impossibilité d'être là. On ne peut ni rassurer en personne, ni vérifier par soi-même. On s'accroche au téléphone, aux groupes de messagerie familiaux, aux fils d'info, en attendant une réponse.

S'y ajoute parfois une culpabilité difficile à dire. Culpabilité d'être à l'abri quand les siens ne le sont pas. Ou au contraire, culpabilité d'inquiéter sa famille restée en France, qui suit avec angoisse ce qui se passe dans votre région.

Julien, 44 ans, vit à Doha avec sa femme et leurs deux enfants depuis quatre ans. Quand les tensions se sont ravivées dans la région, il a commencé à dormir avec son téléphone sous l'oreiller. Ses parents, en Bretagne, l'appelaient chaque soir, la voix tendue.

Il passait ses nuits à comparer les sites d'information de trois pays. Le matin, il partait travailler épuisé. Sa fille de neuf ans s'est mise à demander chaque soir si l'école serait ouverte le lendemain.

En séance, nous avons d'abord regardé comment l'inquiétude circulait entre les trois générations. Chacun tentait de protéger l'autre en cachant sa peur, et chacun la sentait quand même. Julien a proposé à ses parents un appel court, à heure fixe, avec des nouvelles concrètes.

Nous avons ensuite travaillé en hypnose sur un ancrage corporel, qu'il pouvait retrouver en quelques respirations. Trois semaines plus tard, le téléphone dormait dans le salon. Sa fille avait cessé de poser sa question du soir.

Situation composite, construite à partir de consultations et modifiée pour préserver l'anonymat.

Garder le lien sans vivre sur l'écran

  • Fixez un rendez-vous d'appel avec vos proches inquiets, plutôt que des messages à toute heure.
  • Créez un groupe familial dédié aux nouvelles importantes, séparé des conversations quotidiennes.
  • Préparez l'essentiel si vous vivez dans une zone sensible : documents à jour, contacts du consulat, inscription au registre et suivi des conseils aux voyageurs du ministère des Affaires étrangères. Savoir quoi faire apaise.
  • Choisissez une source par pays, consultée dans vos fenêtres d'information.
  • Parlez-en en français, avec quelqu'un qui comprend votre double appartenance.

Si vous vivez à l'étranger et que cette angoisse dure, l'article sur la thérapie en visio depuis l'étranger répond aux questions pratiques : fuseaux horaires, confidentialité, déroulement des séances.

L'actualité vous noue le ventre depuis des semaines, ici ou loin de chez vous ?

Prendre un 1er rdv

Consultations en visio, partout en France et pour tous les francophones dans le monde.

L'hypnose ericksonienne pour retrouver un ancrage

Face à une angoisse diffuse, que le raisonnement ne parvient pas à calmer, l'hypnose ericksonienne offre une autre voie. Elle passe par le corps et l'imaginaire, là où l'angoisse s'est installée.

Ce que fait l'hypnose face à l'angoisse diffuse

L'hypnose ericksonienne est issue des travaux du psychiatre américain Milton Erickson. Votre conscience reste présente tout au long de la séance, et vous gardez la main. Le philosophe et psychanalyste français François Roustang la décrivait comme un élargissement de la perception.

Quand l'actualité occupe tout l'espace mental, l'attention se rétrécit sur la menace. L'hypnose permet de l'élargir à nouveau : aux sensations du corps, aux ressources intérieures, aux souvenirs de sécurité. On y construit des points d'appui que l'on peut retrouver par soi-même, entre les séances.

Si vous vous demandez comment cela se passe concrètement, l'article sur le déroulement d'une première séance d'hypnose ericksonienne répond à la plupart des questions.

Un exercice d'auto-ancrage à essayer

Voici une version simplifiée d'un exercice que j'utilise fréquemment en séance. Prévoyez cinq à dix minutes, dans un endroit calme.

  • Installez-vous. Assis, les pieds à plat au sol, les mains posées sur les cuisses. Laissez vos yeux se fermer ou se poser sur un point fixe.
  • Ralentissez le souffle. Quelques expirations longues, sans forcer.
  • Retrouvez un moment de sécurité. Un lieu réel ou imaginaire où vous avez connu un moment de paix. Une plage, une cuisine d'enfance, un sentier.
  • Entrez dans les détails. Ce que vous voyez, ce que vous entendez, la température de l'air, les odeurs, la sensation dans votre corps.
  • Créez un geste d'ancrage. Quand la sensation de calme est la plus présente, joignez doucement le pouce et l'index. Gardez ce contact quelques respirations.
  • Revenez tranquillement. Bougez les doigts, étirez-vous, ouvrez les yeux.

Répétez cet exercice chaque jour pendant une à deux semaines. Le geste s'associe peu à peu à la sensation de calme. Ensuite, quand une nouvelle vous noue le ventre, il suffit de joindre le pouce et l'index et de respirer pour retrouver une partie de cet état.

Ce que dit la recherche

En 2015, l'Inserm a évalué l'efficacité de l'hypnose à la demande du ministère de la Santé. Le rapport, dirigé par Bruno Falissard, confirme son intérêt dans certaines indications médicales, comme l'anesthésie ou le syndrome de l'intestin irritable. Il souligne aussi que les risques liés à l'hypnose sont très limités.

Pour d'autres usages, les auteurs estiment que les études disponibles ne permettent pas encore de conclure. L'anxiété liée à l'actualité n'a pas fait l'objet d'essais spécifiques. En pratique clinique, l'hypnose s'intègre à un accompagnement plus large, en complément du travail sur le système familial et sur le quotidien.

Quand se faire aider

Les gestes de cet article suffisent à beaucoup de personnes pour retrouver un équilibre. Un accompagnement devient utile quand l'anxiété persiste malgré eux, ou quand elle réveille quelque chose de plus ancien.

  • l'inquiétude dure depuis plusieurs semaines et ne baisse pas les jours plus calmes ;
  • votre sommeil est perturbé la plupart des nuits ;
  • vous n'arrivez plus à vous concentrer au travail ;
  • des crises d'angoisse apparaissent, avec palpitations ou sensation d'étouffer ;
  • l'actualité réveille un vécu personnel de guerre, d'exil, d'attentat ou de catastrophe ;
  • les tensions familiales autour de l'actualité s'installent ;
  • vous vivez à l'étranger et l'isolement pèse face à cette angoisse.

Je consulte exclusivement en visio, pour les francophones en France et partout dans le monde. La page psychothérapie en ligne détaille le déroulement des séances.

Sécurité, à lire attentivement

Si l'angoisse devient insupportable, ou si des idées de mort apparaissent, n'attendez pas. En France, appelez le 3114 (prévention du suicide, gratuit, jour et nuit), le 15 ou le 112. À l'étranger, composez le numéro d'urgence local.

Questions fréquentes sur l'anxiété face à l'actualité

Est-il normal que l'actualité m'angoisse autant ?

Oui. Le cerveau est conçu pour repérer les menaces, et il réagit aux mauvaises nouvelles comme à un danger possible. Quand ces alertes se répètent sans qu'on puisse agir, le corps reste tendu. Cette réaction devient un problème quand elle déborde sur le sommeil, le travail ou les relations depuis plusieurs semaines.

Faut-il arrêter complètement de s'informer ?

Rarement. Couper totalement soulage un temps, mais peut laisser un sentiment de malaise ou de culpabilité. Le plus efficace est de choisir : deux moments fixes par jour, une ou deux sources fiables, pas d'alertes sur le téléphone. Une pause de quelques jours reste utile en période de forte tension.

Combien de temps par jour consacrer aux infos ?

Il n'existe pas de chiffre officiel. En pratique, quinze à vingt minutes, réparties en deux moments, suffisent pour rester au courant des faits importants. Évitez de vous informer au réveil et dans l'heure qui précède le coucher, deux moments où le système nerveux est plus réactif.

Comment parler des guerres aux enfants sans leur transmettre ma peur ?

Demandez d'abord ce qu'ils ont entendu, choisissez un moment calme loin des écrans, et répondez avec des mots simples et vrais. Montrez les personnes qui aident. Les enfants sont surtout sensibles à la manière dont leurs parents vivent les événements : prendre soin de votre propre calme les protège.

Pourquoi l'angoisse est-elle plus forte quand on vit à l'étranger ?

La distance empêche d'être présent auprès de ses proches et de vérifier les choses par soi-même. Le décalage horaire fait arriver les nouvelles la nuit ou au réveil. On reçoit aussi les informations de plusieurs pays à la fois. À cela s'ajoute parfois la culpabilité d'être à l'abri, ou celle d'inquiéter sa famille.

L'hypnose peut-elle aider face à l'anxiété liée à l'actualité ?

L'hypnose ericksonienne aide à retrouver un ancrage corporel et des ressources intérieures quand l'angoisse est diffuse. Le rapport de l'Inserm de 2015 souligne que ses risques sont très limités, tout en notant que les preuves restent partielles pour certaines indications. Elle s'intègre au mieux dans un accompagnement plus large.

Comment arrêter de faire défiler les infos le soir ?

Sortez le téléphone de la chambre, désactivez les notifications et remplacez ce moment par un rituel qui ralentit : lecture, douche chaude, respiration lente. Si l'envie revient la nuit, rappelez-vous qu'à cette heure le cerveau évalue les menaces sans recul. Les nouvelles seront toujours là au matin.

Quand l'anxiété face à l'actualité devient-elle un trouble ?

Quand elle s'installe durablement, qu'elle s'étend à d'autres sujets, et qu'elle gêne le quotidien : insomnie, crises d'angoisse, difficulté à travailler, repli sur soi. L'anxiété généralisée se définit par une inquiétude excessive présente la plupart du temps pendant au moins six mois. Consulter avant ce stade est tout à fait possible.

Sources

  • Chapman University. Survey of American Fears 2026, 12e édition, résultats publiés le 20 octobre 2026 (enquête NORC, 1 221 adultes, avril 2026).
  • Gault, G., Medioni, D., Boulonne, S. L'exode informationnel. Fondation Jean-Jaurès, ObSoCo, Arte, décembre 2024.
  • Fondation Jean-Jaurès, ObSoCo, Arte. Les Français et la fatigue informationnelle, septembre 2022.
  • Reuters Institute for the Study of Journalism. Digital News Report 2026, synthèse de l'INA.
  • Marin, M.-F., Morin-Major, J.-K., Schramek, T. E., Lupien, S. J. et coll. There is no news like bad news: women are more remembering and stress reactive after reading real negative news than men. PLOS One, 2012.
  • Longpré, C., Sauvageau, C., Cernik, R., Journault, A.-A., Marin, M.-F., Lupien, S. Staying informed without a cost: no effect of positive news media on stress reactivity, memory and affect in young adults. PLOS One, 2021.
  • Décret n° 2026-21 du 22 janvier 2026 authentifiant la population des Français établis hors de France au 1er janvier 2026.
  • Romano, H. Les Enfants et la guerre. Odile Jacob.
  • Moro, M.-R. Entretien sur la manière de parler de la guerre aux enfants, Allodocteurs.
  • Unicef. Comment parler des conflits et de la guerre à vos enfants.
  • Elkaïm, M. Si tu m'aimes, ne m'aime pas. Approche systémique et psychothérapie. Seuil.
  • Roustang, F. Qu'est-ce que l'hypnose ? Éditions de Minuit, 1994.
  • Gueguen, J., Barry, C., Hassler, C., Falissard, B. Évaluation de l'efficacité de la pratique de l'hypnose. Inserm, juin 2015.

À propos de l'autrice
Laetitia Prat est une thérapeute ayant plus de 20 ans d'expérience, pratiquant la Psychothérapie systémique et l'Hypnose ericksonienne. Elle accompagne anxiété, estime de soi, burn-out, deuil, relations toxiques, PMA et après-cancer. Elle exerce en consultation visio partout en France et dans le monde pour tous les francophones.


Cet article a une visée informative et ne remplace pas un accompagnement personnalisé. Si vous traversez une période difficile, parlez-en à votre médecin traitant ou à un professionnel de santé mentale. En cas de détresse immédiate ou d'idées suicidaires, le 3114 est joignable gratuitement à toute heure et tous les jours.

Suivant
Suivant

Mort de son chien ou de son chat : un deuil à part entière