Thérapie de couple en visio : ce que vous pouvez travailler dès la première séance
La thérapie de couple en visio permet un travail en profondeur dès la première séance même à distance. ©Therapie-lp
Il y a une chose qu'on ne vous dit jamais quand on parle de thérapie de couple.
On imagine la thérapie de couple comme un long processus. Un marathon. Des mois, voire des années, avant que quelque chose bouge vraiment. On se résigne d'avance à la lenteur comme si la profondeur du travail était nécessairement proportionnelle au temps passé dessus. Comme si souffrir longtemps était une condition du changement.
C'est faux. Ou du moins : c'est bien plus nuancé que ça.
Dans une première séance bien menée, il se passe des choses. Des vraies. Pas superficielles, pas préliminaires. Quelque chose peut déjà se déplacer entre deux personnes même à travers un écran. Et si vous vous demandez si ce format peut vraiment fonctionner, vous pouvez lire La thérapie de couple en visio : est-ce efficace ?
Voilà ce qu'on peut travailler dès la première séance de thérapie de couple en visio. Et pourquoi ça compte bien plus qu'on ne le croit.
1. Mettre des mots sur ce qui ne va pas
La plupart des couples qui me contactent peinent à nommer ce qui ne va pas. Ils le sentent, ils le vivent dans le corps, dans la tension du matin, dans les silences du dîner. Mais ils ne trouvent pas les mots. Ou alors ils ont les mots de leur version des faits. Pas les mots de la dynamique entre eux.
"On ne se parle plus." Mais qu'est-ce que ça veut dire exactement, ne plus se parler ? Est-ce qu'on s'évite ? Est-ce qu'on échange sur la logistique mais plus sur soi ? Est-ce qu'on a arrêté de demander comment l'autre va, parce qu'on a peur de la réponse ?
"On se dispute tout le temps." Mais sur quoi ? Depuis quand ? Est-ce que les disputes ont une forme qui se répète ; les mêmes mots, les mêmes postures, la même fin amère, le même silence qui s'installe trop longtemps et qu'on ne sait plus comment rompre ?
La première séance est généralement la première fois qu'un couple entend sa propre situation décrite autrement que dans les termes de l'un ou de l'autre. Cette reformulation "si je comprends bien, ce qui se passe entre vous, c'est..." peut être un moment de reconnaissance très puissant.
Les deux partenaires entendent quelque chose de juste sur eux. Ensemble. En même temps. Et ça crée déjà une légère ouverture. Pas une solution. Une fissure dans la vitre opaque. C'est déjà énorme.
Le psychologue Robert Neuburger, spécialiste français de la thérapie systémique de couple, souligne que ce travail de co-construction du problème est en lui-même thérapeutique : il permet au couple de passer d'une lecture individuelle "c'est lui/elle le problème", à une lecture relationnelle "c'est notre dynamique le problème". Ce glissement de perspective, même partiel, change radicalement la façon dont les deux partenaires vont pouvoir travailler ensemble.
💡 Mon conseil
Avant votre première séance, notez chacun de votre côté - séparément, sans vous concerter - une phrase qui décrit ce que vous ressentez dans la relation en ce moment. Pas ce que l'autre fait mal. Ce que vous ressentez, vous. Cette simple différence d'angle change déjà la direction du travail.
2. Comprendre le schéma qui tourne en boucle
Tout couple qui se dispute a des disputes qui se ressemblent.
Le contenu change (aujourd'hui c'est les beaux-parents, demain ce sera l'argent, après-demain la répartition des tâches, la semaine d'après les vacances). Mais la forme, elle, est presque toujours la même.
L'un attaque, l'autre se retire. Ou les deux montent en intensité jusqu'à ce que quelqu'un dise quelque chose qu'il ou elle regrette. Ou l'un surexprime et l'autre se ferme puis chacun rentre dans sa carapace, épuisé, convaincu que ça ne changera jamais.
Ce schéma, que le chercheur John Gottman appelle demand-withdraw et que la recherche clinique a largement documenté, est quasi universel dans les couples en difficulté. C'est un pattern. Et les patterns, ça s'identifie. Et surtout : ça se modifie, quand on sait où regarder.
En nommer la structure dès la première séance n'est pas qu'un exercice intellectuel. C'est un soulagement. Parce que comprendre qu'on est "pris dans un schéma" dépersonnalise le problème. Ce n'est plus "tu es impossible" ou "tu ne fais aucun effort". C'est "on est tous les deux coincés dans quelque chose de plus grand que nous deux".
Cette nuance change tout dans la façon dont on se regarde et dans la façon dont on envisage de changer.
Nicolas Favez et Frances Frascarolo, chercheurs spécialistes de la thérapie de couple, montrent dans leurs travaux que l'identification précoce du pattern interactionnel est l'un des premiers leviers de changement, souvent avant même d'avoir travaillé en profondeur sur le fond des conflits. Mettre un nom sur ce qui tourne en boucle, c'est déjà commencer à en sortir.
💡 Mon conseil
Pensez à votre dernière vraie dispute. Qui a commencé à monter ? Qui s'est retiré ? Est-ce que c'est souvent pareil, quel que soit le sujet ? Vous venez de commencer à identifier votre schéma. C'est exactement ce qu'on fait ensemble en séance mais avec quelqu'un pour vous aider à le voir depuis l'extérieur, sans être au milieu de la tempête.
3. Entendre l'émotion sous la surface
C'est peut-être la chose la plus importante qu'on puisse travailler en première séance. Et la plus délicate.
Derrière la colère, il y a presque toujours de la peur ou de la tristesse. Derrière le retrait, il y a souvent un épuisement profond ou une peur ancienne de ne pas être entendu(e), encore une fois, comme avant. Ces émotions primaires, celles qui sont sous la surface, celles qu'on ne montre pas, sont les véritables moteurs de la dynamique relationnelle.
Le problème, c'est qu'on ne montre pas ses émotions primaires à son partenaire. On lui montre les émotions secondaires, la colère, la froideur, le sarcasme, l'ironie acide, celles qui protègent. Et l'autre réagit à ces émotions de façade. Pas à ce qui est vraiment là, en dessous. Pas à la peur. Pas à la tristesse. Pas à l'enfant qui avait besoin qu'on le rassure.
C'est l'une des raisons pour lesquelles tant de couples ont l'impression de tourner en rond : on répond à des signaux de défense, et on génère en retour d'autres signaux de défense. Personne n'atteint vraiment l'autre. Chacun se retrouve seul avec ses émotions réelles ; celles qu'il n'a pas osé montrer, parce qu'elles le rendaient trop vulnérable.
Quand, en première séance, un partenaire réussit à dire : "Quand tu rentres tard sans prévenir, je ne suis pas en colère. J'ai peur. J'ai peur que tu ne veuilles plus être là." et que l'autre entend ça, vraiment, sans se défendre alors quelque chose bouge dans l'espace entre eux. Un début de contact réel.
C'est le cœur du travail en Thérapie Focalisée sur les Émotions (EFT), développée par Susan Johnson et validée par de nombreuses études cliniques. Cette approche est particulièrement bien adaptée au format visio parce qu'elle repose sur la parole et la présence émotionnelle, pas sur le corps dans un espace physique partagé.
💡 Mon conseil
La prochaine fois que vous ressentez de la colère envers votre partenaire, posez-vous cette question juste avant de réagir : "Sous cette colère, qu'est-ce qu'il y a vraiment ?" Peur ? Tristesse ? Sentiment d'abandon ? Sentiment de ne pas compter ? Vous n'avez pas besoin de le dire tout de suite. Juste de le reconnaître pour vous-même.
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4. Poser les bases de ce qui va bien avant d'aller dans ce qui ne va pas
Cela peut paraître contre-intuitif. Vous venez en thérapie parce que quelque chose ne va pas. Pourquoi parler de ce qui va ?
Parce que travailler uniquement sur les problèmes d'un couple, c'est comme essayer de réparer une maison en ne regardant que les murs qui s'écroulent, sans jamais vérifier quelles fondations tiennent encore. Vous risquez de creuser là où il ne faut pas, et d'ignorer ce qui aurait pu vous sauver.
Dans la première séance, je demande presque toujours : "Qu'est-ce qui vous a attiré l'un vers l'autre au départ ? Qu'est-ce qui reste de ça, même si c'est enfoui sous les difficultés actuelles ?"
Ces questions ne sont pas des diversions. Elles ne servent pas à minimiser ce que vous vivez, ni à vous faire croire que tout va bien alors que ça ne va pas. Elles sont des ancrages. Elles rappellent aux deux partenaires qu'il y a quelque chose à protéger, pas seulement quelque chose à réparer.
Et parfois, c'est la première fois depuis longtemps que chacun dit à l'autre ce qu'il ou elle apprécie encore chez lui. Ce qui reste précieux. Ce qui a tenu, en silence, sans jamais être nommé. L'effet est immédiat. Et même inattendu pour eux.
💡 Mon conseil
Avant de venir en première séance, pensez à une chose - une seule - que vous aimez encore chez votre partenaire. Même petite. Même enfouie sous des mois de fatigue ou de friction. C'est une information capitale sur ce que vous cherchez à retrouver ensemble.
5. Clarifier ce que chacun attend de la thérapie
Vous seriez surpris(e) du nombre de couples qui arrivent en première séance avec des attentes radicalement différentes, sans le savoir.
Lui est là parce qu'il veut "sauver le couple". Elle est là parce qu'elle veut être entendue avant de décider si elle reste. Lui pense qu'on va parler de communication. Elle espère qu'on va aborder l'infidélité d'il y a trois ans que lui considère comme définitivement réglée et close.
Ces malentendus sur les attentes, non dits, jamais explicités, peuvent saboter une thérapie avant même qu'elle commence vraiment. Chacun espère, souvent sans se l'avouer, que le thérapeute va valider sa version des faits. Que la séance va prouver que l'autre a tort. Que le travail va forcer le partenaire à changer, lui, elle, pas les deux.
Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Et la première séance est précisément le bon moment pour le poser clairement ; sans violence, sans jugement, mais honnêtement.
L'enjeu n'est pas de résoudre ces différences d'attentes dès le départ. C'est que les deux partenaires et le thérapeute partagent la même carte du territoire. Sans ça, on travaille dans des directions opposées, et personne n'avance vraiment. On dépense de l'énergie, du temps, et de l'argent sans jamais s'attaquer à ce qui compte vraiment.
Pour comprendre ce que peut concrètement couvrir un suivi en thérapie de couple en ligne, vous pouvez aussi lire : La thérapie de couple en visio : comment ça marche
💡 Mon conseil
Avant la séance, demandez-vous honnêtement : "Qu'est-ce que je veux vraiment obtenir de cette thérapie ?" Et si vous osez, posez la même question à votre partenaire sans chercher à vous influencer. Les différences que vous trouverez sont le début du travail.
6. Évaluer ensemble si la thérapie de couple est la bonne option
Oui c'est aussi quelque chose qu'on clarifie en première séance. Et c'est une question que je pose toujours, sans exception.
Parfois, ce dont un couple a besoin n'est pas une thérapie de couple à proprement parler mais c'est un travail individuel préalable. Si l'un des partenaires traverse une dépression sévère, vit un épisode dissociatif, ou porte des blessures d'attachement tellement profondes qu'elles débordent sur toute tentative de travail commun, alors un suivi individuel sera plus juste et plus efficace dans un premier temps. Commencer une thérapie de couple trop tôt dans ces situations peut même aggraver les choses.
D'autres fois, le couple n'est pas là pour travailler ensemble. Il est là pour accompagner une séparation. La thérapie de couple peut alors devenir une thérapie de séparation ; pour se quitter de façon moins destructrice, préserver un minimum de respect mutuel, et protéger les enfants quand il y en a.
Ces orientations se clarifient dès la première séance. Un recadrage honnête au départ vaut largement mieux qu'un processus qui s'enlise parce qu'il n'était pas adapté à la réalité de ce que vous vivez.
💡 Mon conseil
Si vous hésitez entre une thérapie de couple et un suivi individuel, ne décidez pas seul(e). Proposez un entretien préalable avec le thérapeute, certains proposent un appel de 20 à 30 minutes pour évaluer ensemble ce qui correspond le mieux à votre situation. C'est ce que je fais systématiquement avant toute première séance commune.
Ce qu'une première séance ne peut pas faire
Je n'allais pas écrire cet article sans dire aussi ce qu'il ne faut pas attendre.
Une première séance ne règle pas une crise. Elle ne répare pas une confiance brisée. Elle ne désamorcera pas des années de schémas solidement installés. Et elle ne donnera pas de réponse à la question "est-ce qu'on devrait rester ensemble" parce que cette question n'appartient qu'à vous deux, et qu'aucun thérapeute ne peut ni ne doit y répondre à votre place.
Ce qu'elle peut faire, c'est créer un premier mouvement. Un espace où quelque chose de légèrement différent se passe. Où chacun est entendu autrement, pas par son partenaire seul, mais dans une dynamique à trois, avec quelqu'un pour tenir le cadre. Où le problème prend une autre forme : plus partagée, moins accusatrice, légèrement plus humaine.
Parfois, c'est suffisant pour que les deux partenaires repartent avec envie de revenir.
Avec le sentiment que quelque chose est possible.
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💬 FAQ
Faut-il se préparer avant une première séance ?
Non. Venez comme vous êtes, avec ce que vous portez. Inutile de préparer un exposé ou de vous mettre d'accord sur ce que vous allez dire. L'imperfection et l'inconfort du début font partie du travail et ils en sont même souvent la matière première.
Et si on ne sait pas quoi dire lors de la première séance ?
C'est très courant. Le rôle du thérapeute est précisément de créer les conditions pour que la parole puisse venir, pas d'attendre que vous arriviez prêts à tout dire. Le silence, l'hésitation, la gorge qui se serre : tout ça fait partie de ce qu'on regarde ensemble.
Peut-on avoir une première séance individuelle avant de décider de commencer ensemble ?
Oui. Je propose souvent un entretien en visio préalable avec chaque partenaire séparément pour évaluer la situation avant la première séance commune. C'est un espace pour dire ce qu'on n'oserait pas dire devant l'autre.
Combien de temps dure une première séance ?
Généralement 50 à 60 minutes, comme les suivantes. Dans certains cas, je propose une première séance légèrement plus longue (1h15) pour évaluer la situation plus complètement et ne pas interrompre quelque chose d'important en cours.
La thérapie de couple en visio est-elle aussi efficace qu'en présentiel ?
Oui. C'est ce que confirment les études récentes. La qualité de l'alliance thérapeutique, facteur principal d'efficacité, ne dépend pas du support. Elle dépend de la relation. Et la relation, elle se construit aussi à travers un écran.
📚 Sources
- Johnson, S.M. (2008). Hold Me Tight: Seven Conversations for a Lifetime of Love. Little, Brown Spark.
- Gottman, J.M. & Gottman, J.S. (2015). 10 Principles for Doing Effective Couples Therapy. W.W. Norton.
- Neuburger, R. (2003). Les territoires de l'intime. Odile Jacob. (source française)
- Favez, N. & Frascarolo, F. (2019). La thérapie de couple : état des connaissances. Psychothérapies, 39(2), 77–88. (source française)
- Pacôme, L. & Darwiche, J. (2017). Efficacité de la thérapie de couple : revue de la littérature. Thérapie Familiale, 38(2), 115–135. (source française)
- Lebow, J. et al. (2012). Research on the treatment of couple distress. Journal of Marital and Family Therapy, 38(1).
Laetitia Prat est une thérapeute ayant plus de 20 ans d’expérience, pratiquant la Psychothérapie systémique, l’EMDR, et l’Hypnose ericksonienne. Elle accompagne relations toxiques, anxiété, estime de soi, burn-out, deuil, PMA et après-cancer. Elle exerce en consultation visio partout en France et dans le monde pour tous les francophones. Elle est l’auteure d’un ouvrage sur l’après-cancer à paraître en mai 2026.
Cet article est proposé à titre informatif et ne remplace pas un accompagnement thérapeutique personnalisé.