Retrouver son corps et son désir après le cancer
Réapprendre à habiter son corps et à s’accorder de la douceur.
Il y a un moment, après le cancer, où l'on se retrouve face à un corps qui a traversé l'impensable. Un corps qui porte les traces des traitements, qui a changé de forme, de sensations, parfois de contours. Et souvent, on ne sait plus très bien comment lui parler.
Le désir, lui, peut sembler s'être évaporé. Ou être devenu quelque chose de compliqué, de presque étranger. Certains patients me disent : “Je ne me reconnais plus.” D'autres : “Mon corps me fait peur maintenant.” Ou encore, avec pudeur : “Je ne sais pas si je peux encore désirer, ou être désiré(e).”
Ces mots, je les entends régulièrement dans ma pratique. Ils sont aussi abordés dans le livre que je publie en mai 2026 sur l'après-cancer - un ouvrage où je parle du corps et de la reconstruction intime. Et je voudrais vous dire ici ce que je leur réponds et à vous aussi.
Dans cet article
Pourquoi le corps après cancer devient un territoire inconnu
Ce qui se passe vraiment côté désir et sexualité
Apprivoiser ce nouveau colocataire : votre corps
Ce que la thérapie peut débloquer
Quand et comment demander de l'aide
Le corps après cancer : un territoire à réapprivoiser
Le cancer laisse des empreintes. Cicatrices visibles ou invisibles, fatigue persistante, ménopause induite, prise ou perte de poids, chute des cheveux, reconstruction mammaire, stomie… Chaque parcours est unique, mais tous partagent une réalité commune : le corps d'après n'est plus tout à fait celui d'avant.
Et ça, personne ne vous y prépare vraiment.
Pendant les traitements, on est dans la survie. On ne se demande pas comment on va se sentir dans sa peau dans six mois. On encaisse, on tient. C'est souvent bien plus tard, quand le calme revient que surgit la vraie question : comment je vis avec ce corps-là, maintenant ?
Dans mon expérience, j'ai traversé moi-même cette phase après mon propre parcours de maladie. Ce sentiment d'habiter un corps qui vous est devenu à la fois familier et totalement étranger, je sais ce que c'est. Et je sais aussi que ça se traverse.
“J'avais l'impression d'être locataire de mon propre corps.” Sylvie, 46 ans, cancer du sein, 14 mois après la fin du traitement
Le désir après cancer : ce qu'on n'ose pas toujours dire
La sexualité après le cancer est l'un des sujets les plus sous-estimés de l'après-traitement. Les soignants y font rarement référence. L'entourage encore moins. Et les patients, souvent, n'osent pas en parler soit par pudeur soit par honte, ou parce qu'ils ont l'impression que ce n'est pas “important” comparé à ce qu'ils viennent de traverser.
Pourtant, le désir fait partie de la vie. De l'identité. Du lien avec l'autre. Et sa disparition ou sa transformation devrait être prise au sérieux.
Voici ce qui se passe fréquemment :
La libido en berne
Les traitements hormonaux, la chimiothérapie, la radiothérapie peuvent avoir un impact direct sur la libido, parfois pendant plusieurs mois, parfois plus longtemps. La fatigue chronique joue aussi un rôle majeur. Quand le corps est épuisé, le désir passe au second plan. C'est une réponse physiologique normale, pas un signal d'alarme.
La relation au corps bouleversée
Difficile de se sentir désirable quand on ne reconnaît plus son corps. L'image corporelle après le cancer est l'une des dimensions les plus douloureuses de la reconstruction. Certaines femmes évitent les miroirs. Certains hommes fuient l'intimité. Tous méritent un espace pour traverser ça autrement que seul(e).
La peur de l'autre
Parfois, ce qui bloque le désir, c'est la peur du regard de l'autre. Est-ce qu'il va encore me trouver attractive ? Est-ce qu'elle va avoir pitié de moi ? Ces questions sont universelles après un cancer. Et elles peuvent créer une distance dans le couple par excès de vulnérabilité.
Le couple mis à l'épreuve
Le partenaire aussi a eu peur. Lui ou elle a vécu le cancer à sa façon dans l'inquiétude, parfois dans le rôle d'aidant. Retrouver une intimité après ça demande du temps, de la communication, et souvent un accompagnement à deux.
“Mon mari était aux petits soins avec moi. Tellement aux petits soins qu'on ne se touchait plus. On s'était installés dans un rôle soignant-soigné dont on ne savait pas comment sortir.” Leila, 52 ans, cancer de l'ovaire
Apprivoiser ce nouveau colocataire : votre corps
J'aime beaucoup cette image : le corps comme un colocataire. Quelqu'un avec qui vous partagez votre quotidien, que vous n'avez pas vraiment choisi tel qu'il est aujourd'hui, et avec qui il va falloir apprendre à vivre. En vous réconciliant avec lui.
Cette réconciliation, elle se fait rarement d'un coup. Elle se construit, par petites touches.
Quelques pistes concrètes :
Remettre du sensoriel dans le quotidien
Avant de penser désir ou sexualité, il y a le corps au sens large : les sens, les sensations, le plaisir simple. Un bain chaud, une crème que vous aimez, marcher pieds nus, sentir un tissu doux. Ce sont des gestes anodins, mais ils réhabituent le corps à être un espace de plaisir plutôt qu'un espace de traitement.
💬 Mon conseil : Commencez par des rituels de "douceur solitaire". Appliquez une crème, massez vos cicatrices. Redevenez sujet de votre corps avant d'en redevenir l'objet de désir.
Regarder ses cicatrices autrement
Les cicatrices ne sont pas des défauts. Elles sont la preuve de ce que vous avez traversé. Certains patients font un travail en thérapie - parfois avec l'EMDR ou l'hypnose - pour modifier le regard qu'ils portent sur leur corps transformé. Les résultats peuvent être profonds et rapides.
En parler à votre partenaire, à un professionnel
Le silence autour de la sexualité après cancer est l'un des principaux obstacles à la reconstruction. En nommer les difficultés, à voix haute, dans un espace sécurisé, décharge souvent une pression énorme. On n'a plus à porter ça seul(e).
Aller à votre rythme, vraiment
Il n'existe pas de calendrier pour retrouver le désir. Quelques mois pour certains, bien plus pour d'autres. Se comparer à une idée de ce qu'on devrait ressentir à tel ou tel stade est l'une des sources de souffrance les plus inutiles que j'observe en consultation.
Ce que la thérapie peut débloquer
En tant que thérapeute, je travaille régulièrement avec des patients sur ces questions, parfois en individuel, parfois en incluant le partenaire dans quelques séances.
Plusieurs approches peuvent être mobilisées selon ce que vous traversez :
L'hypnose ericksonienne permet de travailler en douceur sur l'image corporelle, les croyances limitantes autour du corps et de la féminité ou masculinité, les blocages émotionnels liés aux cicatrices ou aux séquelles physiques.
L'EMDR est particulièrement utile quand le corps après cancer est associé à des images traumatiques — la salle d'opération, les séances de chimio, un moment difficile pendant les soins. Retraiter ces souvenirs libère souvent une grande partie de la tension corporelle résiduelle.
La thérapie brève systémique aide à rouvrir la communication dans le couple, à sortir des rôles figés, à retrouver une dynamique d'égal à égal dans la relation.
Je propose ces accompagnements en visio, partout en France - un format que beaucoup trouvent plus confortable pour aborder des sujets aussi intimes.
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Ce sujet résonne avec ce que vous vivez en ce moment ?
Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire, vous traversez peut-être aussi ce sentiment plus large de ne plus savoir qui vous êtes après le cancer. J'en parle en détail dans cet article : Se sentir perdu après la guérison : le paradoxe de l'après-cancer.
Et si vous souhaitez aller encore plus loin, mon livre sur l'après-cancer - à paraître en mai 2026 - consacre un chapitre à la reconstruction du rapport au corps et à l'intimité.
Votre corps a traversé quelque chose d'immense. Il mérite d'être accompagné, pas seulement surveillé. Je vous reçois en visio, dans un espace confidentiel et bienveillant, pour parler de ce que vous vivez - y compris de ce qu'on n'ose pas toujours dire. 👉 Prendre rendez-vous
Sources et références
Institut National du Cancer (INCa) - Sexualité et cancer : en parler pour mieux vivre (2021)
Société Française de Psycho-Oncologie (SFPO) - Recommandations sur la prise en charge de la sexualité après cancer (2020)
Hautamäki K. et al. - Talking about sex with patients with cancer, European Journal of Oncology Nursing (2007)
Bober S.L. & Varela V.S. - Sexuality in Adult Cancer Survivors, Journal of Clinical Oncology (2012)
Ligue nationale contre le cancer - La vie intime et sexuelle après un cancer (2022)
Ressources utiles
🇫🇷 En France
Ligue nationale contre le cancer - Guides pratiques sur la vie intime et sexuelle après un cancer, groupes de parole et soutien psychologique gratuit dans les comités départementaux
Institut National du Cancer (INCa) - Fiches d'information sur la sexualité après cancer, l'image du corps et la reconstruction — accessibles gratuitement en ligne
🇺🇸 Aux États-Unis
American Cancer Society - Section dédiée à la vie après le cancer (Life After Cancer) incluant des ressources sur la sexualité, l'image corporelle et la reconstruction émotionnelle
🇨🇦 Au Canada
Société canadienne du cancer - Ligne d'information et de soutien (1 888 939-3333), ressources en français sur la sexualité et le bien-être après le cancer, service de jumelage avec des bénévoles ayant vécu un cancer
Laetitia Prat est une thérapeute ayant plus de 20 ans d’expérience, pratiquant la Psychothérapie systémique, l'EMDR, et l'Hypnose ericksonienne. Elle accompagne anxiété, estime de soi, burn-out, deuil, relations toxiques, PMA et après-cancer. Elle a elle-même traversé l'après-cancer - une expérience qui nourrit profondément sa pratique et sa compréhension du vécu de ses patients. Elle exerce en consultation visio partout en France et dans le monde pour tous les francophones. Elle est l'auteure d'un ouvrage sur l'après-cancer à paraître en mai 2026.
Cet article est écrit à titre informatif et ne remplace pas un suivi psychologique personnalisé.