Pourquoi je n'arrive pas à faire le deuil de mon ex alors que je suis en couple

Femme pensive en couple illustrant le fait de penser encore à son ex malgré une nouvelle relation

Certaines histoires ne se terminent pas vraiment, elles continuent de vivre en silence, même quand on a tourné la page. © therapie-lp.com

Vous êtes en couple. Votre relation actuelle fonctionne, globalement. Et pourtant, il ou elle est encore là, dans vos pensées, dans vos rêves parfois, dans ces moments de silence où votre esprit dérive. Votre ex.

Vous n'avez peut-être rien fait de mal. Vous n'avez peut-être aucune envie de "faire quelque chose". Mais cette présence mentale persistante vous trouble. Elle vous culpabilise. Elle vous fait vous demander si quelque chose ne va pas dans votre relation actuelle ou en vous.

Je reçois régulièrement des personnes dans cette situation, et c'est l'une des plus taboues qui soient. On n'ose pas en parler à son/sa partenaire actuel(le). On ose à peine se l'avouer.

Ce que signifie ne pas avoir fait son deuil

Faire le deuil d'une relation ne signifie pas oublier. Cela ne signifie pas ne plus jamais penser à l'autre. Cela ne signifie pas non plus que cette relation ne comptait pas.

Faire le deuil, c'est intégrer la perte. C'est arriver à penser à l'autre sans que cette pensée envahisse l'espace, sans qu'elle soit chargée d'une douleur vive ou d'un désir intense. C'est que la relation ait trouvé sa place dans le passé, pas nécessairement oubliée, mais intégrée.

Quand on entre dans une nouvelle relation sans avoir fait ce travail d'intégration, l'ex reste présent(e) comme une figure non résolue. Et cette présence, même si elle est purement mentale, peut interférer avec la nouvelle relation d'une façon subtile mais réelle.

Les raisons les plus fréquentes d'un deuil inachevé

Une nouvelle relation commencée trop tôt

C'est la situation la plus courante. Après une rupture douloureuse, la tentation est grande de "combler" rapidement le vide, que ce soit par besoin affectif, par peur de la solitude, ou simplement parce que quelqu'un de bien s'est présenté au bon moment.

Mais le deuil ne se met pas en pause parce qu'on est en couple. Il se reporte. Et il ressurgit au moment où on s'y attend le moins : lors d'un anniversaire, d'une chanson, d'une situation qui rappelle l'ancienne relation.

Une rupture non choisie ou non expliquée

Quand c'est l'autre qui est parti, surtout si la rupture a été brutale, non expliquée, ou vécue comme un abandon, le deuil est beaucoup plus long à s'amorcer. Il reste une partie de l'histoire non résolue, des questions sans réponse, un sentiment d'inachevé qui nourrit l'attache.

Greg, 39 ans, en couple depuis deux ans, me consultait pour cette raison exacte : "Elle est partie sans vraiment m'expliquer. J'ai refait ma vie, j'aime ma compagne. Mais cette ancienne relation reste comme une question ouverte dans ma tête. Je n'arrive pas à la clôturer parce qu'elle n'a jamais vraiment été clôturée."

Un trauma bonding non travaillé

Si la relation passée était marquée par des cycles de tension et de réconciliation, par de l'emprise ou de la dépendance affective, le lien créé est neurobiologiquement plus fort et plus résistant. Même dans une nouvelle relation équilibrée et saine, le cerveau peut continuer à “chercher” l'intensité de l'ancien lien traumatique parce que c'est ce qu'il a appris à reconnaître comme de l'attachement.

Une signification symbolique particulière

Certaines relations occupent une place symbolique particulière : le grand amour de jeunesse, la relation qui a coïncidé avec une période charnière de la vie, la relation avec laquelle on envisageait tout. Ces relations laissent une empreinte plus profonde car elles sont chargées de signification.

Ce que cela fait à la relation actuelle

Un deuil inachevé n'est pas neutre pour la relation dans laquelle on est. Il peut agir de plusieurs façons, souvent discrètes mais réelles.

Il peut créer une distance émotionnelle : une partie de soi est encore "ailleurs", ce qui rend difficile d'être pleinement présent(e) dans la relation actuelle.

Il peut générer des comparaisons involontaires : on compare la nouvelle relation à l'ancienne, pas toujours à l'avantage de l'une ou de l'autre, mais d'une manière qui empêche de voir la relation actuelle pour ce qu'elle est vraiment.

Il peut aussi alimenter une culpabilité diffuse qui nuit à l'intimite : on se sent coupable de penser à l'ex, ce qui crée une tension intérieure difficile à gérer sans en parler.

Ce que j'observe après 20 ans de pratique

La présence mentale d'un ex dans une relation actuelle est, dans la très grande majorité des cas, un signal, pas un aveu de manque d'amour pour le/la partenaire actuel(le), mais un signal qu'un travail de deuil est encore à faire.

Ce que j'observe, c'est que ce travail peut tout à fait se faire à l'intérieur d'une relation établie, à condition qu'on l'aborde consciemment. Certains couples en parlent ouvertement, et cette parole renforce la confiance. D'autres choisissent de le travailler individuellement, en thérapie.

Ce qui ne fonctionne pas, en revanche, c'est d'ignorer le signal. Parce qu'un deuil non fait ne disparait pas ; il attend.

Comment aborder ce travail

Ne pas confondre présence mentale et désir de retour. Penser à son ex ne signifie pas qu'on veut le/la retrouver. Cela signifie souvent qu'il reste quelque chose d'incomplet dans ce chapitre de votre histoire. Identifier quoi exactement : une question sans réponse, une émotion non exprimée, un deuil de ce qu'aurait pu être la relation, cela devient le point de départ utile.

S'autoriser à faire le deuil maintenant. Même si vous êtes en couple. Même si du temps a passé. Le deuil ne se fait pas selon un calendrier ; il se fait quand on lui donne l'espace pour se faire. Cet espace peut être une thérapie, un journal intime, ou simplement du temps de réflexion consciente.

En parler, si la relation le permet. Pas nécessairement tout dire, mais déposer la charge de la culpabilité peut alléger considérablement le fardeau. Si votre relation actuelle est suffisamment solide et sécurisée pour accueillir cette honneteté, cela peut même la renforcer.

Consulter un(e) thérapeute. Quand la présence de l'ex interfère régulièrement avec votre vie émotionnelle ou intime, un accompagnement professionnel permet d'aller au fond de ce qui reste non résolu plus rapidement qu'on ne le croit.

L'impact sur la vie intime et sexuelle

C'est un sujet dont on parle rarement, mais que je rencontre régulièrement en consultation : la présence mentale d'un ex peut interférer directement avec la vie intime et sexuelle dans la relation actuelle.

Certaines personnes décrivent une difficulté à être pleinement présentes pendant l'intimité avec leur partenaire. D'autres remarquent une baisse de désir inexpliquable, ou des comparaisons involontaires qui s'imposent au mauvais moment. Ces expériences sont sources de honte et c'est précisément pourquoi elles ne sont presque jamais évoquées.

Camille, 36 ans, en couple depuis 18 mois, me confiait avec beaucoup de difficulté : "Il y a des moments avec mon compagnon actuel où je pense à mon ex. Parce que mon corps a des mémoires que ma tête ne contrôle pas. J'ai mis des mois avant d'oser en parler, tellement j'avais honte."

Ces "mémoires du corps" sont réelles. Le système nerveux encode les expériences émotionnellement intenses - y compris intimes - d'une façon qui peut resurgir indépendamment de la volonté consciente. C'est une trace neurologique d'un attachement non encore intégré.

Le travail thérapeutique orienté sur le corps comme l’ EMDR, la thérapie sensorimotrice, ou simplement un espace pour nommer ces expériences sans jugement, peut aider considérablement à libérer ces mémoires.

Ce qui se passe si on n'y touche pas

Un deuil inachevé ne disparait pas avec le temps si on ne lui accorde pas d'attention. Il se transforme. Et pas toujours de façon visible.

Au fil des mois, une distance émotionnelle peut s'installer dans la relation actuelle sans que les deux partenaires comprennent vraiment pourquoi. La relation fonctionne, mais quelque chose manque. Une profondeur. Une présence. Un engagement plein.

Parfois, la personne en deuil inachevé commence, inconsciemment, à provoquer des conflits dans la relation actuelle comme si elle cherchait à reproduire l'intensité qu'elle avait connue avec l'autre. Ou au contraire, elle surdéveloppe une forme de sage sagesse émotionnelle pour ne jamais être autant atteinte qu'elle l'a été.

Dans les deux cas, le partenaire actuel est privé d'une version complète de l'autre. Et la relation, même fonctionnelle, reste en dessous de son potentiel.

Peut-on faire ce deuil seul, ou faut-il de l'aide ?

Certaines personnes font ce travail seules, avec le temps et une bonne dose de conscience de soi. Elles finissent par intégrer la relation passée, lui donner sa juste place, et être pleinement disponibles pour leur relation actuelle.

Mais dans beaucoup de cas que j'ai accompagnés, deux obstacles rendent ce travail solitaire très difficile : la honte qui empêche de nommer ce qui se passe, même à soi-même ; et la proximité, être dans la relation actuelle tout en essayant de faire le deuil de la précédente crée une tension qui demande un espace extérieur pour être dénouée.

Un(e) thérapeute individuel(le) est souvent la ressource la plus adaptée : un espace où tout peut être dit, sans conséquence pour la relation actuelle, et où le travail peut se faire en profondeur.

Être en couple ne dispense pas de faire son deuil

Penser à un ex tout en étant en couple est le signe que quelque chose n'a pas encore trouvé sa place. Et cette chose quand on lui donne enfin l'espace qu'elle mérite peut se mettre en mouvement, s'intégrer, et laisser de la place pour être vraiment, pleinement, dans le présent.

Si quelque chose dans ces mots a résonné en vous, je vous invite à me contacter pour un premier échange offert, sans aucun engagement - juste un espace pour se rencontrer, poser vos questions, et explorer si cet accompagnement vous correspond vraiment.

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💬 FAQ

Penser à son ex quand on est en couple, est-ce normal ?

Oui, c'est très fréquent, surtout si la relation passée a été significative ou si le deuil n'a pas été fait avant d'entrer dans la nouvelle relation. C'est le signal qu'un travail d'intégration est encore à faire.


Doit-on parler à son/sa partenaire actuel(le) de son ex ?

Pas nécessairement, et pas dans les détails. Mais si la présence mentale de l'ex génère une distance ou une tension dans la relation, en parler avec tact peut alléger la charge et renforcer la confiance.


Est-ce que cela signifie que j'aime encore mon ex ?

Pas forcément. Penser à son ex peut signifier qu'on n'a pas encore intégré la perte, qu'il reste des questions sans réponse, ou qu'on pleure encore une version idéalisée de la relation. Ce n'est pas la même chose qu'un amour actif.


Comment savoir si je dois quitter ma relation actuelle pour faire mon deuil ?

Rarement. Le deuil d'une relation passée peut tout à fait se faire à l'intérieur d'une relation établie. La question n'est pas "dois-je partir" mais "suis-je prêt(e) à faire ce travail" avec ou sans aide professionnelle.


Ce type de situation peut-il être travaillé en thérapie ?

Absolument, et souvent très efficacement. La thérapie individuelle permet d'explorer ce qui reste non résolu sans impliquer le/la partenaire, et de faire avancer le travail de deuil de manière ciblée.



📚 Sources

  • Bowlby, J. (1980). Loss: Sadness and Depression (Vol. 3 de Attachment and Loss). Basic Books.

  • Fisher, H. (2004). Why We Love: The Nature and Chemistry of Romantic Love. Henry Holt and Company.

  • van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score: Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma. Viking.

  • Bacqué, M.-F., & Hanus, M. (2000). Le deuil. Presses Universitaires de France (coll. « Que sais-je ? »).


Laetitia Prat est une thérapeute ayant plus de 20 ans d’expérience, pratiquant la Psychothérapie systémique, l’EMDR, et l’Hypnose ericksonienne. Elle accompagne relations toxiques, anxiété, estime de soi, burn-out, deuil, PMA et après-cancer. Elle exerce en consultation visio partout en France et dans le monde pour tous les francophones. Elle est l’auteure d’un ouvrage sur l’après-cancer à paraître en mai 2026.


Cet article est proposé à titre informatif et ne remplace pas un accompagnement thérapeutique personnalisé. Si vous traversez une période difficile, je vous invite à consulter un professionnel de santé.

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